‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 81 sur 318 · La Philosophie positwe y par M. Augusle Comte · texte numérisé non relu

La Philosophie positwe y par M. Augusle Comte

LES PKRCBPTiONS OU LA PREBIIÈRB PARTIE DES CONNAISSANCES. 1-25

par exemple, remarque qu*on retrouve au commencement de toute civilisation la religion , les honneurs rendus à la mémoire des morts, le mariage et la propriété. Quelle est la nature de ces institutions? sont-elles des inventions de la politique? Sortent-elles naturellemeut du cœur humain? La connaissance de nous-mêmes peut seule nous donner une réponse à ces questions. La société s'est-elle formée par hasard, par calcul ou par suite des inspirations de la nature? C'est encore l'étude de nos inclinations naturelles qui résoudra le problème. Si la conscience nous découvre en nous un penchant instinctif à la société, un goût inné de la propriété, un amour paternel, une espérance spontanée d'une autre vie et de la justice de Dieu, l'histoire aura pour nous une autre signification que si nous n'apercevons dans notre àme aucune racine naturelle de la société, delà propriété , du mariage et de la religion. Dans le premier cas, ces institutions ne seront pour nous que des développements de la nature humaine ; dans le second , que les bienfaits de la législation . C'est doncla connaissance de l'homme qui est le flambeau de l'histoire , plus que l'histoire n'est le principe de la connaissance de l'homme. Par les sens extérieurs nous n'apercevons que le côté matériel des événements; pour juger de leurs causes, c'est-à-dire des motifs qui les produisent, il faut des inductions fondées sur la connaissance de notre nature , il faut que nous apercevions en nous le germe des sentiments, des pensées, qui animent les personnages de rhistoïre. C'est la connaissance de nous-mêmes qui devient rinstrument le plus efficace de la critique historique. Saint-Réal, dans ses considérations sur l'histoire, met en avant que toutes les coutumes et toutes les révolutions doivent s'attribuer à la folie, au caprice et à la malignité des hommes. Il cite des faits nombreux qui paraissent n'avoir pas d'autre origine; mais comme nous avons le sentiment intime de ne pas régler toutes nos actions par de pareils motifs, comme nous sentons que si nous faisons le mal , c'est pour obéir à quelque passion et non par caprice , par inconstance ou pour le plaisir de mal faire , nous repoussons le paradoxe de Saint- Réal; nous cherchons aux événements qu'il rapporte des

causes plus conformes à la nature humaine , et c'est ici la conscience qui rectifié Thistoire.

Quelques-uns , sans nier précisément Texistence de la conscience, ont voulu tourner contre la légitimité de son témoignage les illusions qui nous trompent dans le songe et dans la folie; objections qui ont été élevées déjà contre le témoignage des sens extérieurs. « Comment, dit-on, pouvons-nous prendre les conceptions du songe et de la folie pour des perceptions : la conscience ne nous fait donc pas distinguer dans quel cas nous percevons et dans quel cas nous ne faisons que concevoir. »» Nous savons que les conceptions du rêve et de la folie ne font illusion qu'à cause de l'absence de la perception, ou du peu d'attention qu'on y donne. Nous savons que la perception et la conception mises en présence se distinguent immédiatement l'une de l'autre , que l'attention prononce de plus en plus cette distinction, et qu'en conséquence nous ne pouvons sur ce fondement accuser de mensonge ni les sens extérieurs, ni la

conscience *

Par opposition aux sens extérieurs qui nous donnent là connaissance des corps , la conscience a été appelée sens intime. Si par sens on entendait, comme Platon, une faculté s'exerçanl à l'aide du corps ', le mot de sens intime serait impropre pour désigner la conscience, puisque l'âme pour se connaître elle-même n'a pas besoin des organes corporels. C'est à cause de l'acception consacrée du mot sens que nous prêterons le nom de conscience à celui de sens intime. Il y a aussi quelque inconvénient dans l'emploi des mots intérieur et extérieur pour exprimer ce qui est l'âme et ce qui n'est pas elle ; car ces mots peuvent porter à Fesprit l'idée d'un dedans et d'un dehors , ce qui ne convient nullement à la nature immatérielle de l'âme. Nous devons prémunir le lecteur contre le danger de ces métaphores que nous continuerons toutefois d'employer parce qu'elles sont d'un usage général.

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