Des vraies et des fausses idées, chap. u
4. Origine des connaissances, I'" part., sect. ii, chap. i*% $ 4.
plaisir, la peine cl la volonté comme des objets de connaissance pour une faculté distincte de ces facultés elles-mêmes, mais comme des manières dont le moi s'apparaît à lui-même : ce sont des modes de conscience et non pas des objets de la conscience*. » Voici en résumé les raisons de cette théorie : 1° le plaisir et la peine ne peuvent être dans l'àme à son insu. On accorde que l'inclination en puissance peut se séparer de la conscience ; mais on soutient que Tinclination en acte ne s'en sépare pas. La conscience de l'inclination est précisément le plaisir et la peine; dès qu'il y a peine ou plaisir, l'inclination se connaît elle-même. On ne peut donc pas mettre d'un côté le plaisir et la peine, et de l'autre la conscience de la peine et du plaisir. 2° Ce qu'on dit du plaisir et de la peine, on le dit du mouvement, des actes de Tintelligence et des actes de la volonté. On reconnaît que l'àme n'a pas conscience de ses facultés lorsqu'elles sont dans l'inaction, si l'on en excepte la volonté ; mais on soutient que dès que les facultés agissent, l'âme les connaît. Quand je meus mon corps, dit-on , je sais que je le meus, et les mouvements que j'ignore, je ne me les attribue pas. D'une autre part, que serait-ce qu'une perception, qu'une conception que l'âme ne se rapporterait pas à elle-même? Le pouvoir de connaître peut s'ignorer lui-même, l'acte de connaître ne le peut pas. Enfin quand je veux, je sfiis que je veux ; une volition à l'insu de celui qui veut est une chose incompréhensible.
D'après cette doctrine, la conscience ne serait pas seulement un mode de Fintelligence et de l'inclination, mais aussi un mode de la volonté et de la faculté motrice. Ce ne serait plus seulement la volition, mais la connaissance de la volition qu'il faudrait rapporter à la volonté. Savoir que je meus mon corps ne serait plus un acte de l'intelligence, mais un acte même de la faculté motrice. Cela choque le langage ordinaire, mais le langage ordinaire peut se tromper, et nous ne devons pas en faire un argument contre l'opinion que nous voulons rejeté? ; il faut l'examiner en elle-même.
1. Lectures on the philosophy of the human mtnd, by Thomas Browii , seconde édit.. t. II, p. 225.
LIS PERCEPTIONS OU LÀ PREMIÈRE PARTIE DES œNNAlSSANGES. 129
Pour rapporter deux phénomènes à deux facultés différentes, il faut ou que les deux phénomènes puissent se séparer, ou s'ils sont inséparables, qu'ils ne soient pas au moins en proportion Tun de l'autre. Or, cette dernière condition s'applique à l'action des facultés et à la conscience que nous en avons. Les mouvements que nous accomplissons avec le plus d'adresse et de force sont ceux dont nous nous sommes fait une habitude et dont nous avons le moins de conscience. L'expérience prouve que la passion la plus violente est la plus incapable de se décrire elle-même. D'un autre côté, les plus grands poètes et les plus grands orateurs ne sont pas les plus habiles à tracer une poétique et une rhétorique, c'est-à-dire une description de la marche que suit l'inteUigence dans l'œuvre poétique et l'œuvre oratoire. Enfin nous n'avons pas conscience de tous les actes de volonté que nous accompUssons pour entretenir notre attention pendant un temps assez étendu. Nous sommes incapables de dire s'il suffit en ce cas d'un seul acte, ou s'il en faut autant qu'il s'est écoulé de moments indivisibles pendant cet intervalle. Si nous ne pouvons résoudre cette question, c'est que nous n'avons qu'une faible conscience de la marche de notre volonté. Celle-ci a dû cependant déployer une grande énergie pour soutenir pendant longtemps notre intelligence, que FattenUon fatigue et qui se plaît à marcher au hasard, et à fuir le gouvernement de la volonté.
C'est à cause de cette faiblesse de la conscience qu'on a pu mettre en doute que l'homme se connût lui-môme K Nous sonunes souvent obligés de recourir au raisonnement pour prouver aux autres qu'ils accomplissent certains actes dont ils n'ont qu'une bien faible conscience, puisqu'ils en perdent le souvenir au moment même où ils viennent de les accomplir. Voici quelques preuves de cette vérité : si vous dites que les yeux ne perçoivent point la profondeur, mais seulement la longueur et la largeur, et que vous en appeUez au sens intime, vous ne produirez pas la conviction. Pour y parvenir, vous êtes obligé de rappeler que nous croyons souvent pcrce-