Voy. plus haut^ même chapllre, S
ISO UnX SIXIÈME, SECTION PREMIÈRE.
Toir les saillies et les creux d'un bas-relief , là où il n*y a qu'une peinture ; que c'est la différence des ombres qui nous ftdt supposer la profondeur et la saillie, et que nous en jugeons de même en présence des tableaux de la nature, quoique les couleurs soient toutes sur le même plan *. Demandez à quelqu'un si son esprit produit plusieurs actes à la fois : il demeurera indécis. Faites-lui observer que la comparaison est impossible, s'il n'y a au moins deux conceptions , ou une perception et une conception dont on compare les objets, et vous l'aurez convaincu. Demandez à un autre si la mémoire est nécessaire pour percevoir le son , sa conscience ne lui fournira pas sur-le-champ la réponse : faites-lui remarquer que, puisque le son a une durée, on ne le perçoit tout entier qu'à la condition de se rappeler le commencement, quand on en perçoit le milieu, et le milieu quand on en perçoit la fin, et il reconnaîtra que la mémoire est nécessaire à la perception du son. Interrogez celui qui pèse un corps dans une balance sur les opérations de son esprit pendant cette expérience : vous dira-t-il sur-le-champ que s'il emploie une balance, c'est qu'il ne peut se fier à son toucher ni à sa mémoire pour la comparaison du poids des corps; qu'il se souvient de l'insuffisance de sa faculté naturelle; qu'il se sert de la balance sur la foi de l'ouvrier; qu'il s'en sert aujourd'hui comme il s'en est servi hier, sans la vérifier de nouveau, et persuadé qu'il est que la nature obéit à des lois stables et universelles. Il accomplit cependant tous ces actes, chaque fois qu'il lève la balance, mais il est loin de savoir immédiatement qu'il les accomplit. La conscience est une faculté difficile à consulter : la pente de notre nature est de regarder plutôt au dehors qu'au dedans. La Providence l'a voulu ainsi : l'homme peut vivre sans se connaître ; il ne le peut, sans connaître les hommes et les choses : sa vie dépend du dehors.
La connaissance de l'action de nos facultés n'est donc pas en proportion de cette action : les deux phénomènes se sépareht. Nous en pouvons donner pour confirmation que les