‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 86 sur 318 · Voy. ménie livre, secl. ni, chap. l · texte numérisé non relu

Voy. ménie livre, secl. ni, chap. l

gue que nous sentons à chaque instant un pouvoir au dedans de nous, puisque nous nous sentons capables de mouvoir les organes du corps, et de diriger les facultés de l'esprit par un simple acte de la volonté... Si un sentiment intime nous faisait apercevoir en nous, quelque pouvoir moteur, il faudrait que nous connussions ce pouvoir avant son action sur le corps. Mais Texpérience seule nous apprend que nous n'avons pas le même empire sur tous nos organes... Un homme qui vient d'être frappé de paralysie au brâs ou à la jambe, ou qui vient de perdre récemment un de ses membres, fait dans le commencement des efforts réitérés pour mouvoir le membre paralysé ou celui qu'il a perdu. Il croit avoir le même pouvoir qu'un homme en pleine santé. 11 n'en a donc pas le sentiment, car le sentiment ne peut tromper. C'est l'anatomie qui nous apprend que les objets sur lesquels s'exerce immédiatement le pouvoir moteur ne sont pas les membres, mais les nerfs et certains esprits animaux inconnus. La puissance qui préside à cette opération n'est donc pas connue par la conscience. Prétendrait-on que l'idée de force ou de pouvoir vint de ce nisus, de cet effort que nous faisons lorsque nous essayons de surmonter un obstacle ? Mais nous attribuons le pouvoir à l'Être suprême qui n'a aucun obstacle à surmonter, à Fesprit qui n'a pas besoin de faire effort pour diriger ses pensées et pour mouvoir les membres, et enfin à la matière inanimée qui n'a pas le sentiment de l'effort. De plus, ce sentiment de l'effort ne nous apprend rien sur ses suites, sur les effets qu'il peut produire ; par conséquent nous ne le sentons pas comme un pouvoir, comme une cause. L'expérience seule nous en montre les résultats, et là encore nous ne voyons que des événements qui se succèdent, savoir l'effort et le mouvement, et non des événements dont l'un produise l'autre, car l'effort n'est pas toujours suivi du mouvement. L'idée de pouvoir nous vient-elle du sentiment de l'acte de volonté qui fixe une idée dans notre esprit ? Nous ne sentons que l'événement, c'est-à-dire l'existence d'une idée après un commandement de la volonté, mais la manière dont cette opération s'accomplit , et le pouvoir qui l'exécute échappe à notre prise. Nous avons moins d'empire sur nos

sentiments et nos passions que sur nos idées : mais nous qe savons cela que par l'expérience et non par la connaissance intrinsèque du pouvoir de la volonté. Comment la voliliQn peut-elle susciter en nous une pensée ? Ne le saurions-nous pas si nous connaissions la volonté comme un pouvoir ? Certains philosophes ont cru devoir attribuer à la volonté immédiate de Dieu la production de tous les effets de la nature. Faction de l'âme sur le corps et sur les pensées; l'action de l'âme n'est plus alors qu'une occasion de l'action de Dieu : si nous connaissions notre pouvoir, aurait-on pu faire de pa-< reilles suppositions?... Comme nous ne pouvons nous forn^er aucune idée de choses qui n'ont jamais affecté ni nos sens externes, ni notre sens intime, il parait inévitable de conclure que nous n'avons aucune idée de pouvoir, de cause^ et que ces mots ne signifient rien, soit dans les spéculations philoso^ phiques, soit dans la vie commune... Il n'y a dans tout cela que l'habitude de voir deux événements joints Tun à Tautre, de concevoir te second à propos du premier, et de se persuader que si l'un existe, l'autre existerai »

Hume a raison de dire que les sens extérieurs ne nous montrent, avec l'aide de la mémoire, que des événements qui se succèdent, et qu'ils ne nous font rien saisir que nous puissions appeler un pouvoir ou une cause. C'est, comme nous Tavons remarqué, un jugement par analogie qui nous fait supposer dans les objets extérieurs un pouvoir semblable à celui que la conscience nous fait saisir en nous-mêmes. Mais le philosophe a-t-il le droit de contester que la conscience nous révèle des causes ?

Toute sa discussion s'appuie sur ce double argument, que si nous avions la conscience d'une cause, nous pourrions : 1*" en prévoir les effets ; 2*" connaître son mode d'action. En supposant que la conscience laissât ici quelque chose à désirer, pourquoi lui demanderions-nous plus qu'elle ne nous ofiTre^ et rejetterions-nous les lumières qu'elle nous présente, parce qu'elle ne dissiperait pas toutes les obscurités. Mais la cob-

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