‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 88 sur 318 · OEuvre$ philotophiqws, édit. Ad. G., iutrod. p. cxiv · texte numérisé non relu

OEuvre$ philotophiqws, édit. Ad. G., iutrod. p. cxiv

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ment le premier moment de mon existence, qui n'est plus , est-il encore Tobjet d'une perception actuelle? Secondement, si ce moment m'embarrasse et si je ne puis le placer dans le présent avec le second moment, pourquoi ne le placerais-je pas dansFavenir? — Vous dites que c'est parce qu'il appartient au passé? — Comment le savez-vous? C'est toujours la même question. Vous le savez directement, sans que vous en puissiez donner la raison , et c'est ce que nous voulons établir.

Condillac et Hume ont voulu expliquer la différence de la connaissance primitive et de la mémoire par une différence de vivacité entre les deux phénomènes. « L'âme, dit le premier, sent faiblement ce qu'elle a été et sent vivement ce qu'elle est*. >» ^ La mémoire, dit le second, retrace les perceptions sensibles , l'imagination les imite , mais ni l'une ni l'autre n'ont le degré de force de la sensation primitive. Les idées sont les copies des impressions ; chaque idée est une perception languissante, un affaiblissement d'une perception plus vive*. » Mais Condillac se réfute lui-même lorsqu'il dit : « Le sentiment d'une sensation actuelle peut être moins vif que le souvenir d'une sensation qui n'est plus ^ » D'ailleurs pourquoi le sentiment faible serait-il placé dans le passé plutôt que le sentiment vif? Nos perceptions actuelles sont plus ou moins vives et nous ne les rangeons pas dans l'ordre des temps, suivant le degré de leur vivacité. Ce n'est donc pas la différence de degré dans la perception qui établit pour nous entre les moments de notre existence une différence de temps.

Dira-t-on , encore avec Condillac , qu'au second moment de notre existence , le premier est seulement l'objet d'une conception , tandis que le second est l'objet d'une perception ; que la perception affecte nos nerfs et que la conception n'affecte que le cerveau \ Mais on n'explique pas ainsi comment cette conception se rapporte plutôt au passé qu'à l'avenir, ou comment elle n'est pas prise pour un effet de notre imagination.

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