Essai iur VefiUendement humain, liy. H, cbap. x
2. Voy. Critique de la philosophie de Th. Reid, par ÂdL Gamier^ p. 2&.
LES PBBCXPTIONS OU Ik PRSMltfi^ PARTIS P£S CONNAISSANCES. U7
d9 nous-méqae^. En effet , «oit qu'on se trouva une lecond^ f(nt dayftut un édifice qu'on a déjà perçu , soit qu'on se le r^-r I^ésentd mentalement, on ne le reconnaît qu'à la condition du «6 reconnaître $oi^méme comma Tayant déjà perçu.
\ji conscience nous a fait connaître la simplicité de natra 4me \ la mémoire jointe à la conscience nous fait oonnaitra ^e rame reste identiquement la même pendant tout la t^mp^ de son existence. La conscience nous montre les ^ctes di l'Ame qui sont simultanés ; la mémoire nous montre les aete0 WBoeMifs. Le plaisir succède à la peine , le souvenir à la per^* e(q[)tion , la croyance au souvenir , la volilion à l'action invo-r lontaire ; mais quelle que soit la diversité des fsdts qui so rem» placent les uns par les autres et qui s'expriment par des mots différents , la mémoire nous fait connaître qu'ils ont été ae» complis par l'être que nous montre en ce moment laconseienise et qui se nomme toujours du même nom : je souffrais, ;> jouis ; je consentais 9 je refuse : les actes ont changé, le moi produa-r teur des actes est resté le même. L'identité comme l'unité du moi peut se prouver par le raisonnement , mais nous n^ vou^ Ions parlar ici que des perceptions immédiates* Pe même qua la conscience atteint directement par eU&Tmêise l'unité du moi , de même la mémoire «aisit directem^ent et sans raisaiiT nement ridentit4 de l'âme. Vunité est le premier carActère Ùê la personne humaine , V identité en est le second.
Pour comprendre cette identité, il faut lui opposer les fous» «M identités, comme iselle d'un fleuve considéré à sa source et è ¥m emt>oucbm'e ; celle d'une armée qui a &it longtemps la guerre. Les eaux que le fleuve a puisées à sa source ont pu «'évaporer ou être détournées de son cours', il a reçu des MUS nouvelles soit des nuées soit de ses affluents, et parmi le^ Aots qu'il verse dans la mer, pas une goutte peut-être ne vient de Torigine primitive. C'est donc par figure qu'on t^appelle le même fleuve ; Les anciens disaient qu'on ne pouvait traverser deux fois le même fleuve : en efGet , il ne reste pas le même pendant deux instants. L'armée, qui a longtemps combattu, a été renouvelée en partie et entièrement peut-être ; au lieu de dire que c'est la même armée , on ilevrait dire que c'est une
armée semblable. De la ressemblance nous induisons souvent ridentité; mais nous ne faisons en ce cas qu'une conjecture. Lorsque devant les tribunaux on prétend constater Tidentité de l'accusé ou des instruments du crime, on ne constate véritablement que la ressemblance, et des exemples fameux ont prouvé que la ressemblance la plus exacte ne contient pas toujours l'identité. La seule identité que nous sachions de science certaine, c'est la nôtre ; pour celle d'autrui, nous ne pouvons que la conjecturer. La personne humaine ne se compose pas d'une succession d'êtres semblables, mais d'un seul être qui persiste , qui reste le même malgré le changement des actes qu'il accomplit.
Condillac a dit que la connaissance de l'identité de l'âme, et par conséquent la mémoire est ce qui constitue le moij c'est-àdire, non pas l'existence de Tâme , mais la connaissance de l'âme par elle-même ^ La conscience, en effet, ne s'applique qu'à l'instant présent ; si , au moment où l'âme perçoit son existence présente , elle ne se souvenait pas de son existence passée, cette connaissance de soi, toujours nouvelle, qui ne se prolongerait pas l'espace de deux moments, qui naîtrait sans cesse pour périr sans cesse, mériterait à peine le nom de connaissance. Pour être une connaissance, il faut qu'elle dure, et il est permis de dire à la rigueur que pour que le moi existe , c'est-à-dire pour que l'âme se connaisse, il faut la mémoire ou la connaissance de l'identité de l'âme pendant un certain temps. Cependant la mémoire suppose une connaissance primitive. Il faut être avant de durer. Si la mémoire fait durer la connaissance, ce n'est pas elle qui la fait naître. Il y a donc dans la conscience seule une connaissance du moi , si courte qu'elle puisse être ; le moi se perçoit comme existant et conune simple avant de se percevoir comme identique. D*après cette explication , on voit que l'expression de Condillac est un peu exagérée, et que ce n'est pas uniquement la mémoire qui constitue la connaissance de l'âme par elle-même.
Si nous devons à la mémoire la connaissance de ce qui ne