‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 104 sur 261 · Parmcnlde, édit., 11. E., t. III. u. 137 et suiv · texte numérisé non relu

Parmcnlde, édit., 11. E., t. III. u. 137 et suiv

Mais pour que l'unité soit connue et que les choses ne se dissipent pas à Tinfini, il n'est pas nécessaire que l'unité existe en dehors des choses unes. Le mol d'unité a deux sens : il signifie ou une existence individuelle, comme celle de notre àme, ou une qualité commune à plusieurs choses qui peuvent avoir une existence séparée. L'unité du corps n'est qu'une juxtaposition de parties qui pourraient être divisées ; Tunité d'une classe n'est que la ressemblance de plusieurs individus qui ont chacun leur existence à part. Aucune de ces unités ne se sépare de la chose à laquelle elle appartient. L'unité de l'âme n'est point sans l'âme, l'unité de la classe n'est point sans les individus. Si par la force de l'abstraction nous pouvons penser séparément à l'objet, à son existence et à son unité, nous savons très-bien que toutes ces choses sont indivisibles dans la réalité, et nous sont connues en même temps et du premier coup.

Si l'on trouve des contradictions à considérer l'unité comme existant à part des choses unes, on en rencontre bien davantage quand on veut faire de l'être ou de l'existence générale un genre séparé des individus. Sous les changements des esprits et des corps, la conscience et l'intuition pure saisissent des êtres qui ne changent pas, un Dieu créateur des corps et des esprits ; mais l'existence .n'est pas en dehors des esprits, des corps et de Dieu. Si on veut l'en séparer, on fait naître des contradictions que Platon lui-même s'est chargé de nous signaler. « Parménide, dit-il, me paraît en avoir usé fort à son aise, comme tous ceux qui ont tenté de déterminer la nature et le nombre des êtres. Chacun nous a conté sa fable comme à des enfants; l'un qu'il y a trois éléments, qui tantôt sont en guerre, tantôt en amitié; qui contractent des mariages, ont des enfants et les nourrissent. Un autre dit qu'il n'y a que deux éléments : l'humide et le sec, ou le froid et le chaud ; il les loge sous le même toit el les

unit lun à l'autre. Chez nous la secte éléatique, depuis le temps de Xénophane et depuis un temps plus reculé, débite ses contes, comme si toutes les choses n'en étaient qu'une. Ensuite, des muses ioniennes et siciliennes ont pensé qu'il était plus sûr de faire une alliance entre ces systèmes et de dire que l'être est un et plusieurs, maintenu par la haine et l'amitié. L'univers est dans un mouvement continuel de répulsion et d'attraction *, disent les plus hardies de ces muses. Les plus timides n'osent pas assurer qu'il en soit toujours ainsi, mais elles avancent que tantôt l'univers est un et en paix, tantôt plusieurs et en guerre. Que cela soit vrai ou non, c'est ce que je ne disputerai pas contre ces illustres et anciens personnages. Seulement ils me paraissent faire bien peu de cas de nous autres, qui sommes perdus dans la foule. Ils racontent leurs histoires sans songer si nous les adopterons ou non; pour moi, voici le discours que je tiendrai à ces muses : Vous prétendez que l'univers est le chaud et le froid, ou deux autres principes, qu'entendez-vous, lorsque vous dites de tous les deux et de chacun qu'ils sont? Comment devons-nous comprendre cet êlre? Est-ce un troisième élément ajouté aux autres? Si tous les rfeua; sont Vétre, vous dites que deux sont un? Voilà ce que nous demanderons à ceux qui prétendent que le tout est plus d'un. Quant à ceux qui avancent que l'univers est un, ne faut-il pas leur demander aussi ce qu'ils entendent par l'être. Ils disent que l'être est quelque chose qu'ils appellent un, donnant deux noms à la même chose : s'il n'y a qu'une cliose, pourquoi deux noms? Pourquoi même un seul nom? Car si le nom est autre que la chose, cela fait deux choses ; et si l'on dit que le nom se confond avec la chose, on sera forcé de ne prononcer le nom d'aucun objets ou de reconnaître que

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