‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 106 sur 261 · Sophhte, édit. H. E., t. I, p. 242-245 el2î · texte numérisé non relu

Sophhte, édit. H. E., t. I, p. 242-245 el2î

et séparée, et que l'existence qui leur est commune n'est qu'une ressemblance qui consiste en ce qu'ils existent, sans que l'existence de l'un soit solidaire de l'existence de l'autre, on n'éprouve plus d'embarras à admettre que le chaud et le froid, l'un et le plusieurs, le repos et le mouvement existent chacun à part sans se contrarier et sans se détruire mutuellement.

Mais les impossibilités qui naissent lorsque l'on considère l'unité et l'être comme des réalités distinctes des individus, ne sont rien en comparaison de celles que produit dans la doctrine de Platon la pensée du non- être ou du néant. En effet, cette doctrine, n'admettant pas qu'aucune pensée soit un pur acte de l'âme, sans objet extérieur, doit regarder la pensée du néant comme impossible. 4 Pouvons-nous, dit Platon, énoncer ce qui n'est pas? Gomment parler sans parler de quelque chose? On ne doit pas même accorder que, qui entreprend d'é- ' noncer le néant parle pour ne rien dire; on doit avancer qu'il ne parle pas du tout. Mais voici le plus grand embarras : l'être ne peut se joindre qu'à un autre être, nous plaçons le nombre parmi les choses qui existent : comment donc pouvons-nous l'attribuer au néant! Comment énoncer par la bouche ou concevoir par la pensée les néants ou le néant, sans y joindre le nombre ? Lorsque "nous disons les néants, ne les concevons-nous pas comme plusieurs, et quand nous disons le néant, ne le concevons-nous pas comme un?Etcependantnous avons dit qu'il n'était pas juste d'attribuer l'être au néant? Vous voyez qu'il n'est pas possible d'énoncer ou de concevoir le néant en lui-même ; mais que le néant est inconcevable et ineffable. Je me suis trompé en disant que nous étions tout à l'heure au plus difficile, car il y a une difficulté plus grande encore. Il résulte de nos paroles que le néant se-retourne contre celui qui le combat et le réduit à des contradictions : lorsque j'ai dit le

PRINCIPAUX SYSTEMES SUR LES FACULTÉS "^Ul

néant ne participe ni à l'unité ni à la plualité, j'ai dit alors, et je dis à présent, qu'il est un, car je dis le, et eu disant qu'il es< ineffable et inconcevable, j'ai dit qu'il est, ce qui est contraire à mes premières paroles ^ »

Si nous ne pouvions nous servir du verbe être que pour désigner les choses qui sont hors de notre esprit, il serait vrai de dire que parler du néant ce serait lui donner l'existence. Mais il y a dans notreespritdes souvenirs et des suppositions dont les objets ne sont pas extérieurs, et le néant est au nombre de ces suppositions. Lorsque nous avons vu un solide disparaître par l'évaporalion, nous avons vu un souvenir ou une pensée qui s'applique à quelque chose qui n'est plus. Lorsque par l'induction nous comptons trouver dans un corps une qualité qui ne s'y trouve pas, nous avons une pensée qui s'applique à quelque chose qui n'a pas existé. La supposition que toutes les choses auraient pu être comme celles que nous ne voyons plus ou que nous avons attendues en vain, est la supposition ou la pensée du néant. Nous nous servons du verbe être pour exprimer l'objet de cette supposition, quoique cet objet n'ait point d'existence en dehors de l'esprit. C'est ainsi que nous employons le verbe être pour signifier les rapports des objets delà conception idéale, comme, par exemple, les rapports du triangle, du cercle, etc., quoiqu'il n'y ait ni cercle ni triangle en dehors de l'intelligence. Il n'y a qu'une seule manière de supposer le néant; c'est pour cela que nous ne disons pas les néants, mais le néant ; nous ne voulons pas exprimer par là que le néant soit un, mais que la supposition du néant est une. Quand nous énonçons le néant, nous énonçons une supposition de notre esprit : voilà pourquoi nous énonçons en ce cas quelque chose et échappons cependant à la contradiction de donner Vêtre au néant.

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