‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 108 sur 261 · Sophiste, édit. H. E., t. I, p. 25i-2û · texte numérisé non relu

Sophiste, édit. H. E., t. I, p. 25i-2û

croyance et il distingue dans les états de l'àme à l'égard des choses sensibles un degré inférieur à la croyance, qu'il appelle imagination. Il réserve le nom de connaissance à la contemplation des choses qui dépassent les sens, et il marque aussi deux degrés dans la connaissance : 4° la connaissance dialectique, celle qui remonte aux genres les plus élevés et surtout à l'idée de l'être et du bon; 2° une connaissance inférieure qui est la pensée des géomètres. Nous avons essayé de montrer que l'état de l'âme à l'égard des choses sensibles n'est pas seulement une croyance, mais une connaissance; que l'imagination des choses sensibles ne diffère pas en degré, mais en nature d'avec la perception : la première n'étant qu'un acte de l'esprit sans réalité extérieure, la seconde s'appliquant à un objet distinct de la pensée; qu'il y a aussi une différence de nature entre la pensée du géomètre et la pensée du dialecticien, l'objet de la géométrie étant purement interne, et celui de la dialectique étant l'être des êtres, c'est-à-dire la réalité extérieure la plus complète. Nous avons ajouté que Platon a raison de distinguerl'être absolu d'avec les êtres contingents et périssables, mais qu'il ne faut pas confondre cet être des êtres, qui persiste sous tous les changements, qui précède tous les commencements et qui survit à toutes les fins, avec l'existence générale qui comprend la substance et les modes, l'immuable et le passager ; que cette existence générale ne peut se séparer des objets particuliers ; que tous les autres genres énumérés par Platon, le semblable, le dissemblable, le grand, le petit, etc., se confondent aussi avec les individus ; que le genre n'est pas seulement dans l'esprit, puisqu'il est une qualité commune à plusieurs objets ; qu'il n'est pas non plus un pur mot, puisqu'il n'y a pas de mot qui n'exprime quelque chose ; qu'il est une réalité, mais non pas une réalité en dehors des individus ; que les esprits et les corps étant multiples,

nous ne pouvons pas en connaître plusieurs sans les trouver semblables ou dissemblables, c'esl-â-dire sans percevoir les genres et les rapports, et que la faculté de penser aux rapports et aux qualités abstraites et générales, sans songer aux individus, est la réminiscence qui compose ou décompose, mais qui ne fait que reproduire les connaissances transmises par la perception. Platon dit : a Une chose grande relativement à une seconde est petite relativement aune troisième, et cependant le grand ne peut devenir le petit; une chose particulière peut être égale et inégale à la fois, suivant les objets auxquels on la compare, et pourtant l'égalilé ne peut devenir l'inégalité. » Mais ce n'est pas l'égalité qui devient l'inégalité; ce n'est pas la grandeur qui devient la petitesse; la chose est à la fois grande et petite, égale et inégale : grande relativement à un objet, petite relativement à un autie. La petitesse qu'on y trouve du second point de vue n'empêche pas la grandeur qu'on y découvrait du premier. « Mais, poursuit Platon, les choses individuelles se renouvellent sans cesse; ce qui était petit devient grand, ce qui était égal devient inégal. » Il suffit qu'une chose ait été un seul instant plus grande qu'une autre, pour que nous ayons recueilli de là, par la puissance de l'abstraction, la notion de la grandeur. Cette notion reste dans notre esprit, dussions-nous ne revoir jamais de chose plus grande qu'une autre; mais elle y demeure comme le souvenir d'une qualité qui a été ou qui pourrait être, et non comme la notion d'une réalité indépendante des choses qui la possèdent.

Dans ces derniers temps, quoiqu'on ne considérât pas le genre comme existant à part des objets particuliers, on s'est laissé entraîner à quelques déclamations sur la supériorité du genre à l'égard de l'individu; on est allé jusqu'à dire que Dieu ne tient pas compte du second mais du premier; et que, par exemple, c'est à l'espèce

humaine et non à l'individu humain qu'il réserve l'immortalité. Mais d'abord il y a parmi les animaux des espèces qui se sont perdues, et l'on devrait en conclure qu'au regard de Dieu les espèces n'ont pas plus de prix que les individus. Secondement, une espèce n'a de valeur que par les individus qu'elle renferme; si la première se perfectionne, c'est par les progrès des seconds. Cet individu périssable et qui se renouvelle sans cesse, c'est lui cependant qui est le but de tous les arts et de toutes les sciences; c'est lui qu'il faut nourrir, c'est lui, comme le disait Aristote, qu'il faut soigner et guérir ; c'est lui qu'il faut enseigner; c'est pour lui que Platon lui-même composait ses Lois et sa République, ce n'était pas pour l'humanité en soi. Quant à cette opinion nouvelle que Dieu n'a souci que de l'espèce humaine et non des individus humains, nous dirons que cette espèce qui contiendrait plus de morts que de vivants, serait plutôt une espèce morte qu'une espèce vivante et qu'elle ressemblerait à un cadavre sur toutes les parties duquel Dieu promènerait successivement une faible étincelle de vie, laissant tout le reste dans les ombres du trépas

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