Ibid., introd., p. ci
propose, nous agissons de telle sorte que nous ne sentons point qu'aucune force extérieure nous y contraigne.... D'où est-ce donc que naissent mes erreurs? C'est à savoir de cela seul que la volonté étant plus ample et plus étendue que l'entendement, je ne la contiens pas dans les mêmes limites, mais que je l'étends aussi aux choses que je n'entends pas; auxquelles, étant de soi indifférente, elle s'égare fort aisément et choisit le faux pour le vrai et le mal pour le bien ; ce qui fait que je me trompe et que je pèche — *.
Nous ne pouvons admettre que le jugement soit la volonté. Descartes dit que pour affirmer ou nier les choses, nous ne sentons point qu'aucune force extérieure nous contraigne ; c'est tout le contraire qu'il faut dire. Lorsque je vois la feuille de l'olivier, elle me force de la connaître pour ce qu'elle est, et je ne puis la prendre à mon gré pour la feuille du chêne. Cependant, puisque la logique nous donne des conseils pour nous préserver do l'erreur, il semble que celle-ci dépende en quelque façon de notre volonté. Nous avons donc à déterminer exactement la part de la volonté dans le jugement et l'erreur.
Nous avons fait voir que l'attention, c'est-à-dire l'intervenlion de la volonté dans l'inLelligence, nous confirme dans la distinction de la perception et de la conception, et que si le fou ne laisse pas entraîner sa volonté à la pente de son inclination, il parvient lui-même à distinguer ses conceptions et à faire évanouir sa folie. Mais, celte confusion de la perception et de la conception n'est pas la faute ordlnaii-e de l'humanité ; elle n'appartient qu'aux fous et à quelques philosophes. Pour le reste du genre humain, l'intervention de la volonté dans l'intelligence n'a pas besoin d'aider à distinguer la percep-