Voy. plus haut, t. II
notions générales qui se rapportent aux objets sensibles, comme de la notion de l'animal, dont il cite l'exemple. La réminiscence suffit pour nous faire penser abstraitement aux éléments simples que la perception des sens ou de la conscience nous a montrés confondus les uns avec les autres, et pour nous donner l'idée de ce qui est commun aux différents individus. Il n'est pas besoin de supposer, comme Platon, qu'il existe, par exemple, un animal général séparé des animaux particuliers. Aristote a, sur ce point, débarrassé la philosophie d'une hypothèse inutile. Mais si la notion du genre est le fruit de la réminiscence répétée, et, comme le dit Aristote, de l'expérience, il n'en est pas ainsi pour les conceptions de la géométrie et de la morale, et surtout pour la notion de l'infini. Ce ne sont ni les sens, ni la réminiscence abstraite des objets corporels qui fournissent la notion des figures géométriques, puisque celles-ci ne peuvent s'exécuter d'une manière sensible. Quant à la vertu, on peut demander quelle sera la forme, la couleur, l'odeur ou la saveur de la justice, de la tempérance, etc. Enfin ce ne sont point les sens, dont l'objet est toujours limité dans le temps et dans l'espace, qui nous donnent la notion de l'infini. Cette dernière n'est pas une généralisation de celle du fini. Une idée générale est l'idée d'un genre; le genre se forme d'une qualité commune à plusieurs individus : les corps sont limités ou finis, l'idée générale des corps est donc l'idée d'un genre de choses finies, et non l'idée de l'infini. Locke a prétendu que cette dernière se forme en nous par le pouvoir que nous avons d'ajouter une chose finie à une chose finie sans nous arrêter jamais '. Mais ce n'est pas en ajoutant les unes aux autres les choses finies observables que nous arrivons à composer l'infini qui dépasse l'observation.