‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 123 sur 261 · Ibid., t. II, I. VIII, c. I · texte numérisé non relu

Ibid., t. II, I. VIII, c. I

disant que le temps est le nombre et la mesure des changements de notre âme, ait donné à entendre que Tàme se connaît elle-même, il n'a pris nulle part le soin de décrire les connaissances de la conscience, et, suivant lui, l'intelligence ne prête l'universalité qu'aux objets qui ont été précédemment saisis parles sens extérieurs.

L'histoire ne s'est donc pas trompée, quand elle a mis A-ristote à la tête des philosophes qui font dériver des sens extérieurs les matériaux de toutes les connaissances, même de celles qui sont marquées du caractère de l'universalité, puisque selon ce philosophe l'entendement n'impose à la connaissance que cette forme universelle, et lui laisse le fond qui a été d'abord sensible. Le regarder comme le fondateur d'une des deux grandes écoles de la philosophie, c'est d'ailleurs lui faire plus d'honneur et lui rendre plus de justice que de le donner pour partisan inhabile ou inconséquent de Platon.

§ 8. Comparaison de Platon et d'Aristote.

Récapitulons ce que nous avons dit de la théorie d'A* ristote, en la comparant à celle de Platon.

Le chef de l'Académie reconnaît : 1° la sensation qui, suivant lui, ne nous procure qu'une opinion ou une croyance sur l'existence des corps; 2o la conception ou l'imagination qui est une croyance plus faible encore que la première; 3° la conception géométrique s'appliquant à des figures qui ont une réalité extérieure en dehors des corps et des esprits ; 4o la connaissance dialectique qui saisit les genres au sommet desquels elle découvre l'être et le bien. Ces deux genres sont non-seulement des réalités distinctes des choses individuelles et particulières, mais les seules réalités véritables. Les choses par-

ticulières sont soumises à un écoulement perpétuel, essayant d'être et n'étant jamais. Aristote établit : 1° la sensation qui saisit les objets individuels d'une manière certaine, qui les connaît et qui les juge ; 2° la conception ou l'imagination, qui analyse les données delà sensation, forme les notions abstraites et prépare les notions générales, sans que les éléments considérés abstraitement et les caractères communs embrassés par la pensée aient besoin d'exister en dehors des individus ou des choses particulières ; 3° l'intelligence qui est la faculté de recueillir les conceptions éparses, et surtout de porter des inductions générales sur l'avenir, conlormément aux enseignements du passé; de sorte que la sensation , l'imagination et l'intelligence diffèrent par la nature de l'acte et de la faculté et se ressemblent par les objets auxquels elles s'appliquent.

Sur la théorie des sens extérieurs nous préférons Aristote à Platon; le premier regarde les sens comme produisant une connaissance, une certitude; suivant le second, les sens ne nous donnent qu'une opinion ou une conjecture. Touchant les perceptions delà conscience et celles de la mémoire, que nous distinguons, comme on l'a vu, d'avec les conceptions de la même faculté S les deux philosophes ne sont pas plus explicites l'un que l'autre; on peut seulement induire de l'ensemble de leur doctrine qu'ils admettent ces perceptions et les distinguent de la sensation. Quant aux connaissances que nous avons attribuées à l'intuition pure extérieure, Platon ne distingue pas l'espace d'avec les corps, tandis qu'Aristote paraît incliner à cette distinction; l'un et l'autre identifient le temps avec les événements. Le premier regarde avec raison la substance active infinie comme une réalité qui existe hors de l'esprit et comme

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