Voy. plus haut, t. II, I. VI, c. vi
l'objet d'une faculté particulière, qu'il appelle la connaissance par excellence ou la dialectique. Aristote est porté à croire que l'idée de l'infini n'est rien en dehors de notre esprit, quoiqu'il ait reconnu aussi une cause efficiente éternelle; mais il ne s'est pas occupé de rechercher à quelle faculté nous devons rapporter la connaissance de cette cause première, et comme il conclut que Tintelligence ne fait que généraliser les objets de la sensation, il est probable qu'il aurait cru pouvoir expliquer la formation de l'idée de l'infini par l'addition du fini à lui-même, comme Locke depuis a essayé de le faire.
Platon n'établit entre la sensation et la conception qu'une différence de degrés; Aristote reconnaît entre l'une et l'autre une différence de nature. Suivant ce dernier, la sensation connaît les réalités, la conception décompose les objets de la sensation, saisit les caractères abstraits et prépare les notions générales. Il l'emporte encore ici sur Platon, qui suppose que les idées abstraites et générales ont, dans la réalité, un objet distinct des choses individuelles et particulières. Pour les conceptions idéales, Platon suppose que les figures géométriques et les vertus existent en elles-mêmes hors de l'esprit de Dieu et de l'esprit des hommes; Aristote croit que la figure géométrique est une abstraction de la forme saisie par les sens, et il ne s'explique pas sur l'origine de la notion de la vertu.
Enfin, touchant la croyance, Platon qui, dans le Théétète, avait distingué la croyance d'avec la sensation, les confond presque l'une avec l'autre dans la République, en disant que notre esprit ne possède qu'une croyance à l'égard des objets sensibles. Aristote fait de la croyance ou de l'induction générale le caractère le plus marqué de cette intelligence supérieure qu'il regarde comme séparée du corps et comme destinée à l'immortalité; mais ni l'un ni l'autre ne distingue dans la crovance ces facultés
diverses qui nous font croire à la stabilité de la nature, /\ ou interpréter les signes naturels.
Ni la théorie de Platon, ni celle d'Aristote ne conte-' ' nait donc la vérité complète. Platon avait raison de \j rapporter la notion de Finfini ou de la substance active éternelle à une faculté distincte de la sensation, et de placer cet être absolu en dehors des êtres passagers et périssables ; mais il avait tort de donner la même réalité à des qualités abstraites et générales, qui ne sont pas séparées des individus, et à des conceptions purement idéales, qui n'existent pas en dehors de l'esprit, telles que la conception du triangle et celle de la vertu; il se trompait aussi en ne reconnaissant pas la véracité des sens. Aristole avait raison de regarder les sens comme des moyens fidèles de connaissance, et d'attribuer à la conception et à la croyance les notions abstraites et générales; mais il avaittortdepenser queles connaissances les plus élevées de l'esprit humain n'empruntent que leur forme à l'entendement, et doivent leur fond aux sens externes. C'est par ce mélange de vérité et d'erreur que ces deux doctrines se sont combattues dans l'antiquité et dans le moyen âge, et qu'elles se combattent encore de nos jours, sans que l'une ait le droit de l'emporter tout entière sur l'autre. Nous ne pouvons accepter ni Platon, ni Aristote tout entier; pour les conserver tous les deux, il faut distinsuer en eux la vérité d'avec l'erreur.