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DESGARTES ET LES CARTÉSIENS

§ ler. Théorie de Descartes,

Platon et Aristote ont pour ainsi dire marqué les deux pôles de la philosophie, et depuis ces deux grands hommes, les écoles dogmatiques ont flotté de l'un à l'autre, celles-ci diminuant trop la part des sens extérieurs dans la formation de la connaissance et donnant aux choses abstraites une existence séparée des choses concrètes ; celles-là rapportant aux sens l'origine de toutes les idées et regardant les réalités perçues par l'intelligence pure comme des abstractions et des généralisations prises des choses sensibles. D'un côté se range dans l'antiquité, le néoplatonisme d'Alexandrie, de l'autre le stoïcisme et répicuréisme. Au moyen âge, la théorie réaliste de l'ancienne Académie est représentée par saint Anselme, Guillaume de Champeaux et saint Thomas; la doctrine qui regarde l'idée générale comme un nom et que Platon avait connue ainsi qu'on l'a vu plus haut, a pour représentants Roscelin et Guillaume d'Occam. Abélard reproduit une opinion mitoyenne , que Platon avait aussi mentionnée, et d'après laquelle l'idée générale ne répondrait à rien d'extérieur et ne serait qu'une conception. Le moyen âge n'a donc pas produit de théories

nouvelles sur les facultés de l'intelligence. Après Platon et Aristote , pour trouver les systèmes originaux et importants, il faut venir aux temps modernes. A cette époque, les philosophes qui inclinent vers Platon sont Descartes, Malebranche, Bossuet, Leibniz et Fénelon ; du côté d'Aristote se rangent Gassendi, Hobbes et Locke.

C'est par Descartes que recommence chez les modernes l'étude de l'esprit humain. Dans la langue de ce philosophe, le mot de pensée est l'expression générale qui désigne tous les actes de l'âme. « L'âme est une chose qui pense. Une chose qui pense est une chose qui doute, qui entend, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi et qui sent. Lespenséesse divisent en actions et passions. Lesactions sont les volontés, dont les unes se terminent en l'àme même, comme lorsque nous voulons aimer Dieu, ou généralement appliquer notre pensée à quelque objet qui n'est point matériel, et dont les autres se terminent en notre corps, comme, lorsque par cela seul que nous avons la volonté de nous promener, il suit que nos jambes se remuent et que nous marchons. Les passions sont les perceptions ou connaissances, qui se divisent en deux espèces. Les unes ont l'âme pour cause, comme l'imagination des choses qui n'existent pas, d'un palais enchanté, d'une chimère, la perception de ce qui est purement intelligible, par exemple, de notre propre nature ; et on appelle quelquefois ces perceptions des actions. » C'est ainsi que Platon disait que dans les perceptions de ce genre l'âme agit par elle-même ^ « Les autres perceptions, poursuitDescartes, sont causées parle corps et sont dues, soit aux mouvements des esprits animaux, comme les rêveries et les songes, soit aux mouvements

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des nerfs, comme :1° les perceptions du son, de la lumière, etc., que nous rapportons aux objets extérieurs ; 2" la faim, la soif, la douleur, que nous attribuons à notre corps ; 3° la colère, la haine, l'amour, que nous rapportons à notre âme. Ce sont ces derniers sentiments que l'on appelle plus particulièrement les passions i. » Descartes suit encore ici la ligne tracée par Platon ; les actes qu'il attribue au corps sont les mêmes que Platon comprenait sous le nom de sensations.

Nous avons déjà eu l'occasion de nous étonner que Descartes, comme Platon, ait confondu dans la même classe des connaissances telles que la perception du son, de la lumière, etc., et des phénomènes qui dépendent des inclinations, tels que la douleur, la colère, la haine et l'amour. Nous avons regretté aussi que l'un et l'autre aient refusé de comprendre les sens extérieurs parmi les sources de nos connaissances. Descartes dit en effet : « Rien ne peut venir des objets extérieurs jusqu'à notre âme par l'entremise des sens que quelques mouvements corporels ; mais ni ces mouvements mêmes, ni les figures qui en proviennent ne sont point conçus par nous tels qu'ils sont dans les organes des sens ; d'oîi il suit que même les idées du mouvement et des figures sont naturellement en nous ; et à plus forte raison les idées de la douleur, des couleurs, des sons et de toutes les choses semblables nous doivent-elles être naturelles, afin que notre esprit, à l'occasion de certains mouvements corporels aveclesquels elles n'ont aucune ressemblance, se les puisse représenter. jNous avons déjà fait voir que cette théorie conduit à la négation de l'existence des corps ^,

Descartes ne reconnaît qu'une seule faculté intellectuelle, qu'il appelle de noms divers, suivant ses diverses

1. Œuvres philosophiques, édit. Ad. G., intr. p. ci, et suiv.

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