Voy. plus liaut, même livre, c i
Nous accuserons aussi de tautologie cette proposition : celui qui pense ne peut manquer d'être ou d'exister pendant qu'il pense. Descartes s'est exprimé ainsi sur cet axiome : « Lorsque quelqu'un dit : je pense, donc je suis ou j'existe, il ne conclut pas son existence de sa pensée, comme par Ja force de quelque syllogisme, mais comme une chose, connue de soi ; il la voit par une simple inspection de l'esprit, comme il paraît de ce que, s'il la déduisait d'un syllogisme, il aurait dû auparavant connaître cette majeure : tout ce qui pense, est ou existe. Mais, au contraire, elle lui est enseignée de ce qu'il sent en lui-même qu'il ne se peut pas faire qu'il pense, s'il n'existe. Car c'est le propre de notre esprit de former des propositions générales de la connaissance des particulières *. » Descartes convient donc que nous saisissons notre existence en même temps que notre pensée, ou plutôt sous la forme de la pensée; il n'y a ici qu'une simple vue de conscience, ou, comme il le dit, une simple inspection de l'esprit. Nous savons que notre pensée existe, comme nous savons que les corps existent, par une seule vue de l'esprit et non par deux jugements, dont l'un soit déduit de l'autre. Si l'enthymème : je pense, donc f existe, n"a que la forme du raisonnement, s'il n'en a point le fond, s'il équivaut à cette tautologie : je suis pensant, donc je suis; le jugement général : tout ce qui pense, existe, reviendra à cette tautologie générale : tout ce qui es^ pensant es<; l'attribut répétera le sujet. Par des jugements de ce genre l'esprit n'avance pas, il ne fait que tourner sur lui-même ; et, nous le répétons, on ne doit pas mettre ces prétendues maximes au rang des propositions nécessaires, telles que celles-ci : quelque chose a existé de tout temps. Dans la maxime : ce qui est pensant, est, ou ce qui est, est, ou un bateau est un