‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 132 sur 261 · Voy. plus haut, t. II, 1. VI, c. v, g · texte numérisé non relu

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§ 3. Les premiers principes ou les axiomes, selon la Logique de Port -Royal.

Les auteurs de la Logique de Port-Royal publiée douze ans après la mort de Descaries, en 1662, adoptèrent en son entier la doctrine de ce philosophe. Nous porterons donc uniquement notre examen sur les propositions que les auteurs de la Logique appellent les premiers principes ou les axiomes, car plusieurs de ces propositions sont de pures tautologies, dans lesquelles l'attribut ne fait que répéter le sujet, et qui ont attiré à la philosophie rationaliste les justes objections de l'école opposée. Nous avons déjà fait la critique de quelques propositions de ce genre, par exemple de celle-ci, que nous avons trouvée dans Platon : de deux choses, l'une n'est pas l'autre; ensemble, elles sont deux, et chacune séparément est une. Nous avons aussi examiné ces maximes que nous a présentées Descartes : ce qui a été fait ne peut n'être pas fait; celui qui pense ne peut manquer d'être ou d'exister pendant qu'il pense-, le néant ne peut avoir ni propriétés ni attributs. Nous avons montré que ces propositions reviennent à celles-ci : un bateau est un bateau, ou, ce qui est, est; propositions qui ne dépassent point le cercle de l'expérience, et dont Descartes et Port-Royal ont fait eux-mêmes sentir la frivolité.

Cependant les auteurs de la Logique mettent en avant de prétendus axiomes nécessaires qui ne sont ni plus instructifs ni plus marqués du caractère de la nécessité. Le premier exemple qu'ils proposent est celui-ci : le tout est plus grand que la partie *. « Si nous n'étions assurés, disent-ils, de celte vérité : le tout est plus grand que la

1. La Logique ou l'art de penser, IV« partie, cliap. i, 5" cdlt., Paris, 4683, p. 420.

PRINCIPAUX SYSTÈMES SUR LES FACULTÉS 2'i3

partie, que par les diverses observations que nous en avons faites depuis notre enfance, nous n'en serions que probablement assurés , puisque l'induction n'est un moyen certain do connaître une chose que quand nous sommes assurés que l'induction est entière, n'y ayant rien de plus ordinaire que de découvrir la fausseté de ce que nous avions cru vrai sur des inductions qui nous paraissaient si générales qu'on ne s'imaginait point y pouvoir trouver d'exception. Ainsi, il n'y a pas deux ou trois ans qu'on croyait indubitable que l'eau contenue dans un vaisseau courbé, dont un côté était beaucoup plus large que l'autre, se tenait toujours au niveau, n'étant pas plus haut dans le petit côté que dans le grand, parce qu'on s'en était assuré par une infinité d'observations; et néanmoins on a trouvé depuis peu que cela est faux, quand l'un des côtés est extrêmement étroit, parce qu'alors l'eau s'y tient plus haut que dans l'autre côté. Tout cela fait voir que les seules inductions ne nous sauraient donner une certitude entière d'aucune vérité, à moins que nous ne fussions assurés qu'elles fussent générales, ce qui est impossible. Et par conséquent nous ne serions que probablement assurés de la vérité de cet axiome : le tout est plus grand que la partie, si noua n'en n'étions assurés que pour avoir vu qu'un homme est plus grand que sa tête, une forêt qu'un arbre, une maison qu'une chambre, le ciel qu'une étoile, puisque nous aurions toujours sujet de douter s'il n'y aurait point quelque autre tout, auquel nous n'aurions pas pris garde, qui ne serait pas plus grand que sa partie.... Et tout ce qu'ont pu faire les dernières observations que nous avons faites, d'un homme plus grand que sa tête, d'une maison plus grande qu'une chambre, a été de nous servir d'occasion pour faire attention aux idées de toutei de partie'^ mais il est absolument faux qu'elles soient cause de la certitude absolue et inébranlable que nous avons de

la vérité de cet axiome, comme je crois l'avoir démontré *, »

Suivant cette explication, de même que le corps est pour nous l'occasion de penser à l'espace, le rapport de l'homme et de sa tête nous donnerait l'occasion de penser aux idées de tout et de partie; de sorte que le tout et la partie seraient des choses absolues, nécessaires et indépendantes des choses finies, comme l'espace, le temps et la cause suprême. Or, le tout et la partie sont des termes généraux qui conviennent aux choses finies et aux choses infinies. S'il n'y avait ni l'espace, ni le temps, ni la cause, ni les corps, ni les esprits, on ne voit pas à quoi s'appliqueraient les noms de tout et de parties, ni comment le tout et la partie subsisteraient encore et pourraient être considérés comme des objets indépendants. De plus, ces termes sont corrélatifs : lorsque nous voyons le corps de l'homme, qui est divisible, nous donnons à ce qu'on en peut détacher le nom de partie, et à la réunion des parties le nom de tout. Si l'on ne veut se contredire soimême, on ne peut entendre par le tout autre chose que la réunion des parties, ou par la partie autre chose que ce qui est moindre quele tout. Lors doncquenous disons: le tout est plus grand que la partie, c'est comme si nous disions : la réunion des parties est plus grande que la partie, ce qui est une proposition tautologique. Il en est de même de ces axiomes : le père suppose l'enfant, deux et deux font quatre. Par le mot de père nous entendons un homme qui a eu un enfant; la proposition revient donc à celle-ci : l'homme qui a un enfant supposé un enfant. Nous appelons quatre la réunion de deux fois deux unités, ou d'une unité plus trois autres. A moins de nous démentir nous-mêmes, nous devons dire qu'une unité plus trois autres, ou deux fois deux unités sont

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