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lu Logique ou l'art de penser. 5' éd., p

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quatre. Mais ce ne sont pas là de véritables propositions nécessaires, en ce sens qne les objets en soient nécessaires et absolus : car le nombre, comme l'a dit Descartes, est un attribut abstrait et général; supprimez les choses nombrées, vous supprimez le nombre. De même une fois posé qu'il y a un père, vous posez qu'il y a un enfant ; mais ni le père ni l'enfant ne sont des objets nécessaires et absolus.

Mais disent les auteurs de la Logique : ce n'est pas l'induction qui nous apprend que le tout est plus grand que la partie, car l'induction peut se tromper et l'axiome : le tout est plus grand que sa partie, est infaillible. En effet l'induction ne nous fournit pas de propositions dont l'attribut répète le sujet. L'eau se met de niveau dans les deux branches du siphon, à moins que l'une des deux branches ne soit extrêmement étroite, voilà, suivant l'exemple donné par Port-Royal, une proposition générale inductive; mais il n'y a rien dans le terme eau, qui indique une disposition à chercher son niveau, tandis que le mot tout exprime précisément une chose composée de parties et plus grande que chacune de ces parties. En posant le terme eau, l'on ne pose pas la propriété de chercher son niveau; en posant le terme tout, on pose une grandeur supérieure à sa partie-, et en exprimant cette relation, on ne fait qu'exprimer l'acception qui était déjà comprise dans le mot tout. La certitude, qui appartient à l'axiome du tout et de la partie est la même qui appartient à cette proposition de Gatérus : Œdipus est Œdipus, et non pas Davus ; un bateau est un bateau, et pas autre chose. Si cette* proposition : l'eau cherche son niveau, etc., se change en celle-ci : l'eau est l'eau, vous aurez aussi une proposition prétendue nécessaire, qui ne vous sera pas fournie par l'induction, mais cette nécessité sera purement verbale, car l'eau ne deviendra pas pour cela un objet nécessaire; elle continuera d'être connue

par les sens extérieurs. C'est ainsi que la relation de la partie et du tout, en ce qui concerne les objets finis, est donnée par l'expérience. Quand les sens nous ont montré de l'eau et nous ont fait connailre un objet divisible nous n'avons pas besoin qu'une autre faculté nous confirme que l'eau est l'eau, que le tout est le tout et non pas la partie. « Mais, disent encore les auteurs de la Logique, si c'est l'expérience ou l'induction qui nous apprend que le tout est plus grand que la partie, nous aurons toujours sujet de douter s'il n'y aura pas quelque autre tout, auquel nous n'aurons pas pris garde qui ne sera pas plus grand que sa partie. » Ce doute ne peut tomber dans notre esprit, et il est ridicule de le supposer, de même que nous ne doutons pas que de l'eau ne soit toujours de l'eau, quoique nous n'ayons pas vu toute l'eau, et que l'expérience seule nous apprenne que l'eau est l'eau. Nous le répétons : il n'y a d'autre nécessité dans tout cela que celle de ne pas nous contredire nousmêmes, c'est-à-dire de ne pas ôter à un mot le sens que nous lui avons nous-mêmes donné. Ces propositions : le tout n'est point la partie ou est la réunion des parties, ou est plus grand que sa partie; Davus est Davus, et non Œdipus, etc.... reviennent à cette proposition : ce qui est, est; il est impossible que la même chose soit et ne soit pas, et comme nous l'avons déjà dit, Descartes et Port-Royal ont montré que ces propositions ne dépassent pas le cercle de l'expérience.

Les auteurs de la. Logique poursuivent en ces termes : « Ce que nous avons dit de cet axiome se peut dire de tous les autres, et ainsi je crois que la certitude et l'évidence de la connaissance humaine dans les choses naturelles, dépend de ce principe : Tout ce qui est contenu dans Vidée claire et distincte d''une chose se peut affirmer avec vérité de cette chose. Ainsi, parce qu'être animal est enfermé dans l'idée de l'homme, je puis affirmer de

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l'homme qu'il est animal ; parce qu'avoir tous ses diamètres égaux est enfermé dans l'idée d'un cercle, je puis affirmer de tout cercle que tous ses diamètres sont égaux ; parce qu'avoir tous ses angles égaux à deux droits est enfermé dans l'idée d'un triangle, je le puis affirmer de tout triangle ^. »

De deux choses l'une : ou l'idée claire est une affirmalion, ou elle n'en est pas une ; si elle est une affirmation, l'axiome revient à dire : tout ce qui est affirmé clairement d'une chose, s'en peut affirmer clairement, et cela est une tautologie; ou l'idée claire n'est pas une affirmation, et l'on ne voit pas comment elle peut le devenir. Si dans l'homme j'aperçois clairement l'animal, sans contredit je puis affirmer de l'homme qu'il est animal ; mais qu'est-ce que cette affirmation, si ce n'est la perception même que l'homme est animal? Gela revient donc à dire : si dans l'homme j'aperçois clairement l'animal, il en résulte que j'y aperçois clairement l'animal, ou si j'affirme clairement que l'être animal est dans l'homme, j'affirme clairement que dans l'homme est l'être animal. Nous dirons la même chose de l'exemple du cercle et de celui du triangle. Quelqu'un peut avoir une idée incomplète du cercle : par exemple, savoir que c'est un espace compris entre une ligne courbe fermée, dont tous les points sont à égale distance d'un point intérieur appelé centre, et n'avoir pas remarqué que dans un cercle tous les diamètres sont égaux; mais l'axiome : que tout ce qui est compris dans l'idée claire d'une chose, s'en peut affirmer, ne peut lui faire découvrir l'égalité des diamètres. Tout ce qu'il connaît du cercle, c'est la définition de la circonférence : voilà la seule idée claire qu'il en possède ; dès qu'il aura remarqué que de la propriété de la circonférence, il résulte que tous les diamètres sont égaux, une

1. La Logique, IV« partie, chap. vi, édit. citée, p, 422 et 427.

seconde idée claire se sera jointe à la première ; mais l'axiome ne lui sera pas d'une plus grande utilité que tout à l'heure; car de cette nouvelle idée claire il ne peut tirer que ce qu'elle contient, savoir-: que tous les diamètres du cercle sont égaux, c'est-à-dire une répétition ou une tautologie.

Mais les auteurs de la Logique paraissent croire que cet axiome a la vertu de donner une existence extérieure aux objets de notre pensée, ou en d'autres termes, qu'il résulte de l'idée claire non-seulement que l'objet est pensé, mais qu'il existe en dehors de notre esprit. « On ne peut, disent-ils, contester ce principe sans détruire toute l'évidence de la connaissance humaine et établir un pyrrhonisme ridicule; car nous ne pouvons juger des choses que par les idées que nous en avons, puisque nous n'avons aucun moyen de les concevoir, qu'autant qu'elles sont dans notre esprit et qu'elles n'y sont que par leurs idées. Or, si les jugements que nous formons en considérant ces idées ne regardaient pas les choses en elles-mêmes, mais seulement nos pensées, c'est-à-dire, si de ce que je vois clairement, qu'avoir trois angles égaux à deux droits, est enfermé dans l'idée d'un triangle, je n'avais pas pouvoir d'en conclure que dans la vérité tout triangle a trois angles égaux à deux droits, mais seulement que je le pense ainsi, il est visible que nous n'aurions aucune connaissance des clioses, mais seulement de nos pensées, et par conséquent nous ne saurions rien des choses que nous nous persuadons savoir le plus certainement, mais nous saurions seulement que nous les pensons être de telle sorte, ce qui détruirait fnanifestement toutes les sciences i. » En conséquence, les auteurs de la Logique se croient fondés à poser ce second axiome :

1. La Lorjxque ou l'art de penser, IV'-' partie, chop. vi, 5' éd., Pans, 1683, p. 422-423.

« Vexistence au moins possible est enfermée dans Vidée de tout ce que nous concevo7is clairement et distinctement. Car dès là qu'une chose est conçue clairement, nous ne. pouvons pas ne la point regarder comme pouvant être, puisqu'il n'y a que la contradiction qui se trouve entre nos idées qui nous fait croire qu'une chose ne peut êlre. Or, il ne peut y avoir de contradiction dans une idée, lorsqu'elle est claire et distincte *. »

Si la clarté de l'idée ne contient que l'existence possible de son objet, nous restons justement dans ce pyrrhonisme ridicule dont Port-Royal croyait nou^ déUvrer par la maxime qu'il empruntait à Descartes. Ce philosophe avait dit aussi : « Je parcourus quelques-unes des plus simples démonstrations des géomètres, et ayant pris garde que cette grande certitude que tout le monde leur attribue, n'est fondée que sur ce qu'on les conçoit évidemment, suivant la règle que j'ai tantôt dite, je pris garde aussi qu'il n'y avait rien du tout en elles qui m'assurât de l'existence de leur objet ; car, par exemple, je voyais bien que, supposant un triangle, il fallait que ses trois angles fussent égaux à deux droits; mais je ne voyais rien, pour cela, qui m'assurât qu'il y eût au monde aucun triangle 2. » Ainsi la clarté de l'idée n'indiquerait qu'une existence probable; or, le pyrrhonisme enseignait précisément à retenir son jugement entre l'affirmation et la négation, et à ne regarder aucune chose comme certaine, mais seulement comme ayant plus ou moins de probabilité. Nous irons plus loin, et, sans sortir de l'exemple même choisi par Descartes, nous dirons que l'idée claire ne contient pas toujours l'existence possible ou probable de son objet. Non-seulement la conception claire du triangle n'assure pas qu'il y ait au

1. La Logique on l'art de penser, IV^ partie, chap. vu, p. 427.

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