‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 14 sur 261 · Ibid., chap. m · texte numérisé non relu

Ibid., chap. m

de Descartss ni de celui de Locke, en a proposé un autre. ^ / « L'idée est vraie, dit-il, lorsque son objet est possible, l }^ elle est fausse quand elle renferme une contradiction. A L'argument de M. Descartes qui entreprend de prouver l'existence de Dieu parce que son idée est en notre àme et qu'il faut qu'elle soit venue de l'original est encore moins concluant.... Nous avons aussi l'idée d'un mouvement perpétuel mécanique, et cependant ce mouvement est une chose impossible. Il faut donc ajouter que nous avons l'idée de Dieu comme possible i. »

Ce critérium ne peut pas plus que celui de Descartes servir à distinguer les objets qui ont une existence hors de notre pensée, d'avec ceux qui n'existent que dans notre esprit, et c'est en cette distinction que consiste la solution du problème de la certitude en ce qui touche l'existence extérieure des objets de la pensée. L'idée que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux angles droits n'enferme aucune contradiction, et cependant il n'en résulte pas que le triangle existe hors de notre esprit. L'idée que la solidité est une des qualités de l'or n'a rien de contradictoire, mais cela ne suffit pas pour nous informer si l'or existe ailleurs que dans notre imagination, et dans quel cas nous percevons l'or ou ne faisons que le concevoir. Si donc le critérium de Descartes est insuffisant pour nous faire distinguer celles de nos idées qui répon-— -y/ dent à un objet extérieur, celui de Leibniz n'est pas plus | efficace. L'un et l'autre peuvent nous conduire à faire des réflexions utiles sur les objets de nos conceptions : Descartes nous apprend à ne nous en rapporter qu'à nousmêmes touchant les choses que nous pouvons éclaircir par nos seules lumières, et Leibniz à ne pas nous met- - j . tre en contradiction avec nos propres principes ; mais ni ' ,' l'un ni l'autre ne nous enseignent à distinguer nos per-

1, Xouv. essais, liv. IV, chap. x, §7.

i . ceplions d'avec nos conceptions, ni nos connaissances / d'avec nos croyances. Il est vrai que sur ce sujet tout /^'enseignement est inutile, et que quiconque ne fait pas de lui-même cette distinction ne pourra l'apprendre d'aucun maître. Si la philosophie n'a pas de leçons à nous donner sur ce point, d'oii vient donc l'importance qu'on attache au problème de la certitude? De ce que certains philosophes ont confondu leurs perceptions avec leurs conceptions, de ce qu'ils ont pensé que l'idée était la première opération de l'esprit et le jugement la seconde, c'est-à-dire que nous commencions par trouver dans notre intelligence des apparitions, des représentations sans réalité, isolées les unes des auireselque nous avions plus tard à unir ces apparitions et aussi à y joindre l'idée de l'existence. Lorsqu'on reconnaît, au contraire, que l'esprit commence par juger, c'est-à-dire par saisir des existences : la sienne, celle des corps, celle de l'infini, et que les idées abstraites, séparées de l'existence extérieure des objets, sont le produit ultérieur de l'entendeent, on s'aperçoit queile problème de la certiiude est plus simple qu'on ne le croyait et que la solution consiste à distinguer les facultés qui connaissent d'avec les facultés qui croient, et dans les premières celles qui perçoivent d'avec celles qui ne font que concevoir.

§ 7. Les objections des sophistes.

Nous disons que la philosophie résout la question de la certitude, quand elle distingue les connaissances d'avec les croyances et dans les connaissances les perceptions d'avec les conceptions; mais on objecte que nous posons en fait ce qui est précisément en question. Gorgias, Protftgoras, Stilpon, Phyrrhon, Énésidème ont prétendu que l'homme ne connaît rien, et qu'il n'y a pas de véritable perception, ni même de conception conslanle et

universelle. Pour ces philosophes, les objets de la pensée sont tous intérieurs; toute idée est une affection, une opinion, une conjecture, et cette affection varie d'individu à individu. Cette théorie est en effet presque aussi ancienne que la philosophie; elle tient soit aux opinions que les premiers philosophes se sont formées sur la nature extérieure, soit aux prétendues contradictions qu'ils ont cru trouver entre les sens et la raison, ou entre les sens eux-mêmes, soit enfin à ce qu'ils n'ont pas consenti à ignorer certaines choses ou qu'ils ont confondu l'ignorance avec l'erreur. Nous ne pouvons démontrer aux philosophes sceptiques l'existence des choses extérieures; si l'évidence de la perception ne les frappe pas, nous ne saurions parler plus clairement que l'évidence. Nous essayerons seulement de rechercher les causes de leurs erreurs et de dissiper les préventions qui les aveuglent.

L'école d'Élée, croyant que si l'étendue existait elle serait divisible à l'infini, et trouvant en cela des contradictions et des absurdités que nous avons déjà examinées, avait rejeté le témoignage des sens, qui nous affirme l'existence de l'étendue, etprofessaitque tout est un et immobile ^. Nous avons déjà dit qu'en matière d'observation le fait prévaut sur le droit. Les sens nous attestent l'existence de l'étendue : il faut admettre l'étendue, quand môme nous n'en comprendrions pas l'existence; mais nous avons essayé de montrer que la divisibihté à l'infini n'a lieu que dans les conceptions mathématiques ; qu'elle donne des lignes sans largeur, des points sans étendue, c'est-à-dire des zéros d'étendue, qu'ainsi elle ne divise l'étendue à l'infini qu'à la condition de l'anéantir; que l'étendue réelle ne se prête point à la divisioa infinie en restant étendue; que, comme l'a dit Leibniz, le point mathématique et l'instant sans durée ne font pas partie

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