Voy. plus haut, même vol. 1. IX, ch. ir
rons avec une conception pure; l'air nous paraît toujours quelque chose d'extérieur, et non l'objet d'une imagination comme le cercle ou le triangle. î Où est cette raison parfaite? s'écrie-t-il, il faut qu'elle soit quelque chose de réel, car le néant ne peut être parfait, n De même qu'une réminiscence n'est pas le néant, mais l'esprit qui se souvient, de même une conception morale ou géométrique est l'intelligence qui conçoit la règle des moeurs ou les principes de la géométrie. « Tout ce qui est idée est Dieu même, » dit Fénelon, et voici les idées qui, suivant lui, sont Dieu lui-même : « Il est impossible d'être et de n'être pas ; le tout est plus grand que sa partie; une ligne parfaitement circulaire n'a aucune partie droite, entre deux points donnés, la ligne droite est la plus courte, etc., etc. » Nous est-il vraiment possible de concevoir Dieu comme l'ensemble de toutes ces propositions, dont plusieurs ne sont que des tautologies, ainsi que nous avons essayé de le faire voir *, ou au moins faut-il considérer Dieu comme les objets qu elles représentent? Nous est-il possible de concevoir Dieu comme une ligne parfaitement circulaire, qui n'a aucune partie droite, ou comme une ligne droite entre deux points donnés, ou comme le centre d'un cercle, ou comme un triangle équilatéral, qui n'a aucun angle obtus ou droit? Ce que nous disons du triangle, nous le disons du bien moral ou de la figure idéale de la vertu. La vertu n'est qu'une pensée de Dieu, car Dieu n'est pas la vertu : il n'est ni la tempérance ni le courage, etc. Il faut donc regarder ces idées comme des conceptions humaines, formées sur le modèle des conceptions de Dieu. Si ces idées étaient Dieu comment me paraîtraient-elles en moi-même? comment Fénelon pourrait-il dire : « A la vérité, ma raison est en moi; car il faut que je rentre
i. Voy. plus haut, même livre, ch. i. >; 4 et ch. ni, 2.
sans cesse en moi-même pour la trouver? » Comment TappeUerait-il une règle et un maître intérieur, et comment dirait-il qu'avec ces idées je crois être seul, comme si je n'étais qu'avec moi-même, et qu'elles me sont pour ainsi dire plus présentes et plus intimes que mon propre fond? Nous ne confondons pas Dieu avec nous-mêmes; on ne dit pas que nous ayons le sens intime de Dieu. Nous sommes donc avec Malebranche contre Bossuel etFénélon, et nous disons avec le premier : <r Nous pensons que les vérilés éternelles ne sont pas des êtres absolus; tant s'en faut que nous croyions qu'elles soient Dieu ^ » Seulement nous n'admettons pas comme lui que quand on conçoit les vérités éternelles, on les contemple dans les idées de Dieu, mais qu'on s'en forme des idées semblables aux idées de Dieu.
§ 7. Doctrine de Leibniz.
Après Bossuet et Fénelon parait Leibniz dans le cortège illustre des philosophes cartésiens du dix-septième siècle. Nous avons déjà fait connaître la manière dont il entend l'action des sens extérieurs et de la conscience, et la part qu'il accorde à ces facultés dans la formation de la connaissance-. Il donne au résultat de l'exercice de ces facultés le nom d'expérience, de connaissance a posteriori, ou de connaissance des vérités de fait ^. Il leur oppose ce qu'il appelle la connaissance a priori, la connaissance des vérités de raison ou des vérités nécessaires *. Au rang de ces connaissances, il ne place point les notions générales dont il fait très-bien connaître la na-