IbiJ., liv. 11, cliap. I
que l'ordre des corps réels ou possibles, et que le temps n'est peut-être aussi que l'ordre des événements *. Il regarde toutes les autres connaissances nécessaires comme des conceptions intérieures, et c'est ainsi que nous envisageons nous-mêmes les conceptions morales et les conceptions géométriques. Il compare ces conceptions intimes, sans objet extérieur, aux veines naturelles qui sont imprimées dans l'intérieur d'un bloc de marbre. Voilà comment il a été conduit à dire qu'il n'y a rien dans l'intelligence qui n'ait été dans les sens, si ce n'est l'intelligence elle-même, c'est-à-dire ces veines intimes, ces conceptions intérieures des principes de la géométrie et des règles de la morale. « Il s'agit de savoir, dit-il, si rame en elle-même est vide entièrement comme des tablettes où l'on n'a encore rien écrit 2, selon Aristote et selon l'auteur de VEssai ^, et si tout ce qui y est tracé vient uniquement des sens et de l'expérience, ou si l'àme contient originairement les principes de plusieurs notions et doctrines, que les objets externes réveillent seulement dans les occasions, commeje le crois avec Platon et même avec l'école, et avec tous ceux qui prennent dans cette signification ce passage de saint Paul où il marque que la loi de Dieu est écrite dans les coeurs *. Les stoïciens appellent ces principes noiio7is communes, prolepses, c'est-àdire assomptions fondamentales, ou ce qu'on prend pour accordé par avance. Les mathématiciens les appellent no' lions communes ^, et ce n'est pas sans raison qu'on croit que ces lumières marquent quelque chose de divin et d'éternel, qui paraît surtout dans les vérités nécessaires ®; »