‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 165 sur 261 · Voy. plus haut, t. II, liv. VII, chap. m. g · texte numérisé non relu

Voy. plus haut, t. II, liv. VII, chap. m. g

soient nulle pai't pratiqués comme ils devraient l'être*. Nous avons essayé de montrer que les enfants ont naturellement la connaissance du bien et du mal, et que l'éducation ne peut leur transmettre aucune idée simple-. Ils connaissent donc les principes dé la morale aussi bien que les hommes faits, mais ils n'ont pas réfléchi sur ces principes; ils n'en ont pas tiré les conséquences et ne les ont pas appliquées aux difl"érentes situations de la vie. Voilà pourquoi les enfants sont inférieurs aux hommes dans la science morale, et pourquoi les peuples barbares, qui sont comme dans l'enfance, paraissent ne pas entendre la règle des moeurs, comme les peuples arrivés à l'âge mur de la civilisation.

L'auteur de VEssai prétend que l'amour du bonheur et la haine du malheur se manifestent dans toutes nos actions, et que les prétendus principes innés sont souvent contredits par noire conduite. Mais, combien ne voit-on pas d'hommes abandonner le soin de leur intérêt bien entendu, pour saisir l'objet d'une passion présente, qui compromet leur véritable bonheur! La passion nous fait donc trahir notre amour du bonheur, comme elle nous fait oublier la connaissance du bien et du mal, et l'obligation que cette connaissance nous impose.

Locke affirme que la sensation et la réflexion suffisent à l'explication de toutes les connaissances humaines. Par exemple, suivant ce philosophe, on s'élève à l'idée de Dieu par le spectacle de ce monde, que nous donne la sensation, et par l'idée de la cause, que nous fournit la conscience ou la réflexion. Mais la cause que nous révèle la conscience est une cause bornée, finie, et l'idée que nous nous formons de la divinité est celle d'une cause infinie. Le spectacle du monde ne nous découvre qu'un

4. Voy. plus haut, t. II, liv VIT, chap. m, § 8 2. Ibid., § 7.

PRINCIPAUX SYSTÈMES SUR LES FACULTÉS 3l'5

objet limité, et nous croyons qu'il y a en Dieu une puissance sans limite; il est donc impossible d'expliquer par la sensation et la réflexion toutes seules nos connaissances et nos croyances relatives à la Divinité*. Il en est de même des conceptions idéales, qui sont les principes de la géométrie et de la morale. Descartes, qui supposait qu'il peut y avoir hors de nous des figures géométriques, ajoutait qu'elles sont trop petites pour tomber sous la prise de nos sens extérieurs, et qu'il fallait bien qu'elles se formassent dans notre esprit sans modèle externe, par une intellection pure. De même si nous approuvons ou désapprouvons la conduite d'un de nos semblables, ce n'est pas en la comparant à celle d'un autre homme, car à quel signe reconnaîtrions-nous celui qui doit servir de modèle à l'autre? C'est en les comparant tous les deux au modèle intérieur que nous concevons sans l'avoir jamais vu de nos yeux, modèle que nous ne réalisons jamais entièrement par notre conduite, et que nous ne pouvons découvrir par la contemplation de nous-mêmes*. Quant à l'assertion que les principes moraux et les autres vérités nécessaires sont dus à la crédulité de l'enfance et à l'autorité, nous avons fait voir que l'autorité est obligée d'employer l'instrument de la parole, et que la parole du maître ne peut que nous aider à composer ou à décomposer nos connaissances primitives, mais qu'elle ne peut par elle-même nous transmettre aucune connaissance originale^.

§ 2. Théorie des tacultés intellectuelles suivant Locke.

Selon le philosophe anglais, la réflexion découvre en nous plusieurs opérations intellectuelles, qu'il rapporte

4. "Voy. plus haut, t. II, liv. VIII, chap. m, § 1. 2.- Ibid., liv. VII, chap. li, § 7 et chap. m, § l. 3. Ibid., chap. m, § 7.

à des facultés différentes. Ces facultés sont la perception, la rétention, la distinction, la comparaison, la composition et l'abstraction'. Nous avons fait voir que l'auteur de l'essai n'est pas venu à bout d'établir une différence précise entre les choses qu'il entend par les mots de sensation, de perception et d'idée-. Il décompose la rétention en contemplation ou faculté de tenir une idée présente à l'esprit, et niémoire ou faculté de rappeler l'idée après qu'elle a disparu, en y joignant le jugement que nous avons déjà possédé cette idée. Ces deux facultés sont à peu près celles que nous appelons la réminiscence et la reconnaissance^. La distinction ne nous paraît qu'un résultat de la mémoire. Pour distinguer l'idée de la douceur et l'idée de l'amertume , suivant l'exemple rapporté par Locke au même endroit, il suffit d'une réminiscence exacte de ces deux qualités. Ce que l'auteur prend ici pour une faculté ou au moins pour une opération nouvelle ne nous parait qu'un degré de ce qu'il appelle la rétention, c'est-à-dire, de la réminiscence. Nous en dirons autant de la comparaison, si l'on veut parler d'une comparaison involontaire. Il est impossible de se retracer deux étendues, deux durées, deux qualités, sans se les représenter comme semblables ou dissemblables, et par conséquent sans les comparer involontairement. Ce genre de comparaison ne se distingue donc pas d'une réminiscence exacte. Quant à la comparaison volontaire, nous avons montré qu'elle n'est qu'une combinaison de la perception, de la réminiscence et de la vcdonté*. La composition ne nous semble pas non plus une faculté spéciale. « Cette faculté, dit le philosophe, est celle d'ajouter une idée à une idée, une toise à une

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