Essai, liv. I", chap. iv
point l'idée d'une chose dont le nom fait partie du langage général, comme si un mot pouvait être d'un usage commun sans exprimer quelque idée ' ; secondement, on avance que la nature devrait nous procurer les idées que nous n'acquérons pas par nos propres facultés, comme si ces facultés ne faisaient pas partie de la nature, ou comme si la nature pouvait nous fournir des connaissances autrement que par nos facultés; troisièmement, on prétend que noifs mettons sous le mot de substance une idée obscure, qui est le support des idées claires. Locke confond ici les idées et les objets qu'elles représentent; car la substanc3 n'est pas pour nous une idée soutien d'autres idées, mais une réalité qui est le soutien des qualités perçues par les sens extérieurs et le sens intime. Nous voulons surtout faire remarquer que Locke admet à son insu la présence dans notre âme d'une idée qui ne nous est venue ni par la sensation ni par la réflexion. Il a beau dire que cette idée est vague, obscure, confuse et le support des idées claires, il faut qu'il l'admette au moins comme idée confuse, et il aurait dû chercher par quelle voie elle s'était introduite dans l'intelligence, puisqu'il lui fermait la roule de la sensation et celle de la réflexion. La conscience et la mémoire nous font connaître en nous-mêmes quelque chose qui ne change pas; mais l'idée de la substance ne comprend pas seulement la substance que nous sommes; elle s'applique aussi à un objet qui n'a point commencé et qui ne peut pas finir, à moins qu'une puissance capable de la créer et de l'anéantir ne la précède et ne lui survive-, et, sous cette forme, l'idée de la substance dépasse les limites de la conscience. Locke a donc raison de dire que l'idée de la substance, s'il la prend dans