Voy. plus haut, ibid., g G et chap. v
toute son extension, ne nous est venue ni par la sensation ni par la réflexion; mais il aurait dû en tirer la conséquence que ces deux sources ne suffisent pas à la production de toutes nos idées.
Locke reconnaît encore l'existence des vérités éternelles, qu'il regarde comme les rapports des idées abstraites*. Nous avons montré que les conceptions géométriques et les conceptions morales ne sont pas abstraites d'autres objets, mais des conceptions primitives et originales. L'existence de l'infini n'est pas non plus une abstraction. Locke a donc tort de regarder les vérités éternelles comme des rapports d'idées abstraites; dès qu'il admettait des vérités de ce genre et l'idée de l'éternité, il devait reconnaître d'autres sources de connaissances que la sensation et la réflexion, dont les objets ne sont pas éternels.
Nous trouvons un aveu plus explicite encore dans un passage où il parle de vérités qui concernent les choses placées hors de la portée des sens extérieurs et du sens intime '^. Il accorde que les conceptions mathématiques et morales se forment dans notre esprit, sans que nous ayons besoin de l'expérience particulière d'aucun objet correspondant; seulement, il pense que nous pouvons forger ces conceptions à notre fantaisie 3. Leibniz lui objecte avec raison que les idées de la justice et de la tempérance ne sont pas de notre invention, non plus que celles du cercle et du carré"*. Mais quand même nous userions de notre liberté dans la formation des idées morales et des idées mathématiques, de cela seul que, de l'aveu de Locke, elles ne sont pas le fruit de l'expérience,