‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 17 sur 261 · Platon, Théélèle, édil. H. E., 1. 1, p. 178 et suiv · texte numérisé non relu

Platon, Théélèle, édil. H. E., 1. 1, p. 178 et suiv

Protagoras est-il le maître, et nous les disciples? Aucun n'est supérieur à un autre, pas même les dieux. Le maître de géométrie est-il seul la mesure des figures? ou chacun est-il à soi-même une mesure pour l'astronomie et le reste? Chacun ne croit-il pas être supérieur sur certains points et inférieur sur d'autres ? Dans les dangers, ne s'en rapporte-t-on pas aux généraux, aux pilotes, et ne les regarde-t-on pas comme supérieurs à la foule? Les opinions paraissent tantôt vraies, tantôt fausses : elles ne sont donc pas toutes vraies, indistinctement. Si elles étaient toutes vraies, celle qui dit que l'opinion de Protagoras est fausse serait donc vraie. Si Protagoras prétend que le beau et le laid, le juste et l'injuste, la piété et l'impiété sont pour chaque ville ce que ces choses lui paraissent, pourquoi n'oserait-il pas dire que les lois qu'un pays se donne, en les croyant utiles, le sont infailliblement? L'homme aurait-t-il ainsi à luimême le critérium des choses à venir ? Si un hcmmo pense qu'il aura la fièvre et que le médecin pense le contraire, l'avenir sera-t-il suivant l'un ou suivant l'autre, ou suivant tous les deux? A l'égard de la douceur ou de l'aigreur du vin de la récolte prochaine, l'opinion du vigneron l'emporte sur celle du joueur de lyre. Le maître du gymnase jugera-t-il mieux que le musicien du degré de tension qu'il faut donner aux cordes de l'instrument pour produire l'accord ? Enfin, si toute chose est dans un écoulement perpétuel, non-seulement il n'y aura pas d'objet senti, mais point de sujet sentant et la sensation ellemême n'existera pas ^ »

Platon a bien fait voir que, puisqu'on distingue des opinions vraies et des opinions fausses, il doit y avoir une réalité extérieure dont la présence décide de la véritéou de la fausseté de l'opinion conçue en son absence;

l. Platon, loc. cit.

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et que le pilote, le général, le médecin, le vigneron, le joueur de lyre rencontrent cette réalité, chacun en ce qui lui est propre. lia raison de remarquer que si tout cédait à un écoulement perpétuel, la sensation ellemême n'existerait pas, et il aurait dû se rappeler cette remarque, lorsqu'à son tour il nia la connaissance des choses sensibles, à cause de leur prétendue mobilité K La secte de Mégare renchérit encore sur celle des sophistes, en entassant des difficultés faites à plaisir. Pour qu'une chose puisse s'affirmer d'une autre, disait Stilpon, l'un des derniers disciples de cette école, il faut que l'une et l'autre soient de la même nature. On ne pourra dire : l'homme est bon, que si l'homme et le bon sont la même chose, car autrement, comment pourra-t-on affirmer l'un et l'autre? mais si l'homme et le bon sont la même chose, on ne pourra pas dire d'un remède qu'il estbon*. Ce sophisme tient à l'opinion qu'une partie de l'antiquité se formait sur la nature des genres, ou de ce que nous appelons aujourd'hui les qualités générales. On considérait un genre ou une qualité générale comme un être réel, qui existait en dehors de l'esprit et des objets singuUers ; on était donc embarrassé de savoir comment les individus pouvaient participer à ce genre, ou comment ce genre pouvait se partager entre les individus sans se détruire ou se diminuer, etc ^. Un genre n'est aujourd'hui pour nous qu'une quaUté commune à plusieurs objets. La bonté de l'homme n'exclut pas la bonté du remède. Quant à cette assertion, qu'on doit affirmer une chose d'une autre seulement lorsqu'elles sont de la même nature, elle revient à dire qu'on ne peut affirmer que le même du même, c'est-à-dire que toute pro-

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