‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 18 sur 261 · Diogène de Laërte, liv. II, s · texte numérisé non relu

Diogène de Laërte, liv. II, s

3. Voy. plus loin la tliéorie de Platon sur les genres, liv. XI, chap. I.

position est une tautologie. Or, toute véritable proposition, C'est-à-dire touta proposition où l'attribut ne répète pas le sujet, affirme d'une chose autre chose qu'elle-même, comme qu'elle est dans un certain temps ou dans un certain lieu ; que telle résistance est jointe à telle forme, tel effet à telle cause, etc. L'école de Mégare s'amusait encore à poser des énigmes sans solution, comme le sophisme du Cretois ou du menteur : un Cretois dit que les Cretois sont menteurs ; mais comme il est Cretois, il ment; donc les Cretois ne sont pas menteurs. Mais s'ils ne sont pas menteurs, il ne ment pas : donc les Cretois sont menteurs, etc., et l'on roule ainsi dans le même cercle. Stilpon disait aussi qu'il y avait des questions auxquelles on ne pouvait faire une réponse ni affirmative, ni négative. Par exemple, si l'on demande à un innocent : As-tu bientôt fini d'assassiner ton père? Il ne peut répondre ni oui ni non, car s'il dit non, il avoue qu'il est en train de commettre le meurtre, et s'il dit oui, il annonce qu'il l'a achevé. Mais on se tire de ces labyrinthes par une distinction. Le Cretois dont il s'agit est menteur, mais peut dire la vérité quelquefois, et il l'a dite, en disant que les Cretois sont menteurs. A la seconde difficulté on répond : Je n'assassine point, par conséquent je n'ai ni fini ni commencé. On se propose par ces difficultés, de prouver que l'esprit humain se contredit, et qu'il ne saisit pas la vérité : mais d'abord on peut sortir de ces difficultés, et ensuite, quand même elles seraient insolubles, de ce qu'on n'apercevrait pas la vérité sur quelques points obscurs, il l'en résulterait pas qu'on dût rejeter celle qu'on aperçoit ailleurs. Comme le dit Bayle sur Stilpon : « Les subtilités les plus fatigantes ne peuvent rien contre les notions communes, et lors même qu'on n'est pas capable de les résoudre, on a droit de s'en moquer. >

( § 8. Le pyrrhonxsme.

Pyrrhon a recueilli toutes les objections de ses prédécesseurs contre la connaissance, il y en a joint quelquesunes et les a réunies sous dix chefs principaux qu'il a appelés les dix motifs de doute *. 1° Les animaux sont conformés autrement que les hommes et ils doivent avoir des sensations différentes. 2o Les hommes diffèrent entre eux : la sensation de l'un ne doitpas être celle de l'autre. 3° Dans chaque individu les sens sont réciproquement en désaccord : le baume qui est agréable à l'odorat est désagréable au goût. 4° Les circonstances modifient les jugements du même homme : l'état de veille ou l'état de sommeil, les différents âges, le repos ou le mouvement, la faim ou la satiété, la sobriété ou l'intempérance, la haine ou l'amour, la confiance ou la crainte, la tristesse ou la joie, tout cela influe sur la nature de nos perceptions. 5° La position, le lieu, la distance changent encore nos jugements. 6° L'objet extérieur est modifié par l'état de notre organe : la bile mêlée aux humeurs de l'œil nous fait apercevoir sa couleur sur tous les objets qui nous environnent. 7° Nos sens ne peuvent démêler les éléments des objets composés : un médicament formé de plusieurs plantes ne nous donne qu'une seule sensation. 8° Tous les objets sont relatifs, rien n'est absolu : le grand, le petit, le nombre changent suivant le point d'où on les considère. 9° La répétition ou la rareté d'un spectacle modifient l'impression qu'il produit sur nous : les comètes ne sont redoutées que parce qu'elles apparaissent rarement à nos yeux. 10" Enfin, les jugements sur les mœurs Varient suivant les lois, les coutumes et les préjugés 2.

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