Voy. plus haut, t. II, liv. VI
des objets matériels, et que les mots étant les signes de la pensée, il résulte de là que nous n'avons d'idées que des choses sensibles. «. Par exemple, dit-on, le mot droit n'est autre chose que la copie du mot latin qui signifie régler, régir ou conduire ^ L'adjectif jwsfe est encore le participe du verbe latin, qui signifie ordonner 2. Ainsi, quand un homme réclame son droit, il demande seulement ce qui est réglé à son égard. Une ligne droite est celle qui est non pas tirée au hasard, mais réglée ou dirigée de façon à présenter le plus court chemin d'un point à un autre. Un homme juste est celui qui est comme on lui a commandé d'être. Il semble, poursuit-on, qu'il y ait une impropriété choquante à dire que Dieu est juste, car il n'y a rien de réglé, rien de fixé, rien de commandé à son égard. Ces expressions ne peuvent s'appliquer à la Divinité, bien qu'elles soient d'usage et que ceux qui s'en servent aient les meilleures intentions. Elles ne peuvent s'employer qu'à l'égard des hommes, qui sont par leur nature assujettis aux règles et aux commandements et dont le mérite principal est l'obéissance. Le mot âme vient d'animus, et animus se tire d'un mot grec qui signifie souffle 3. »
Nous accordons que, clans l'origine, tous les mots ont désigné des objets sensibles ; mais peu à peu un certain nombre de ces termes se sont détournés du sens littéral et ont signifié soit des êtres incorporels, comme l'âme humaine et la Divinité, soit les actes immatériels de ces êtres invisibles. Si certains mots n'avaient pas changé