‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 175 sur 261 · Voy. plus haut, t 11, liv. VIII. chap. ii, g · texte numérisé non relu

Voy. plus haut, t 11, liv. VIII. chap. ii, g

que l'état extérieur, et il est passé du sens propre au sens figuré. Ainsi le premier qui a employé le mot d'inclination pour exprimer un état de l'âme, ne courait pas le risque qu'on s'imaginât qu'il voulait parler seulement du mouvement de son corps. Le mot n'avait aucun inconvénient et, d'un autre côté, le nomenclateur ne pouvait en choisir un autre, car il devait mettre sur la voie de ce qu'il voulait signifier, et il n'avait rien de mieux à faire que de prendre le nom de l'efTet pour exprimer la cause qui agissait alors en lui.

De même, ceux qui ont voulu parler de l'être un et identique qu'ils découvraient en eux et faire entendre que cet être n'a point de solidité, de poids, d'étendue, etc., ont employé les mots qui expriment les corps les plus subtils; ils ont dit un vent, un souffle, une haleine ^; mais on a compris qu'ils cherchaient à exprimer quelque chose d'immatériel avec les mots les moins matériels, et on l'a compris, parce que chacun avait fait en soi-même la découverte d'un principe simple et indivisible, et sentait la nécessité de le désigner par les mots qui expriment ce qu'il y a de plus délié pour le sens. On ne pouvait pas choisir d'autre mot, parce que celui-là seul, par la voie de l'analogie, conduisait la pensée jusqu'à l'objet précis qu'on voulait rendre. Voilà comment les mots âme et esprit ont fini par signifier l'être simple et indivisible ou immatériel et ont même perdu en français leur signification primitive.

Quant aux mots droit, tort, règle, qu'on emploie au sens physique, comme au sens moral, il est facile de justifier cette double acception. L'esprit humain étant capable de concevoir des formes idéales auxquelles on s'efforce de conformer soit les figures que nous traçons, soit les actes que nous accomplissons, on a dû d'abord expri-

Page 1