‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 186 sur 261 · Jbid.,ibid., § il · texte numérisé non relu

Jbid.,ibid., § il

dés comme privés de ces pouvoirs, c'est-à-dire aux corps inorganisés, il résulte nécessairement de la supposition que le changement ne peut se faire en eux que par autrui. De là ces principes de la physique : « Puisque la nature est inerte, un corps qui est animé d'un mouvement uniforme doit se mouvoir perpétuellement dans la même direction et avec la même vitesse, à moins qu'une autre force ne vienne agir sur lui, soit pour changer sa direction seulement, soit pour changer à la fois sa direction et sa vitesse; car de lui-même un corps ne peut rien changer ni à son état de repos, ni à son état de mouvement... Quand une force agit sur un corps, quand le mouvement s'est répandu dans toutes les parties de la masse et que toutes se meuvent d'une vitesse commune, tout est fini pour la force : elle a produit tout son effet, et l'on peut dire qu'elle est passée dans le mobile; qu'elle s'y est répandue, et qu'elle y reste, comme si elle y était enfermée. Ainsi le projectile lancé par la main, par un ressort, par un choc rapide, ou par une explosion soudaine, s'en va, parcourant l'espace, pour obéir à la force qui a produit son effet et qui présentement ri'agit plus sur lui. Si ce projectile ne rencontrait rien, ni l'air, ni l'eau ni aucun fluide, ni aucun corps en repos, ni aucun corps en mouvement; si, en outre, aucune autre puissance n'agissait sur lui, il s'en irait, suivant la ligne de l'impulsion qu'il a premièrement reçue, et il la parcourrait d'un mouvement uniforme, sans se dévier et sans s'arrêter. Après un siècle, comme après une seconde, il aurait encore la même direction et la même vitesse. Cette permanence du mouvement est l'un des attributs de l'inertie • on peut l'exprimer en disant que l'action d'une force ne dure qu'un instant, et que l'effet qu'elle produit se continue éternellement ^. »

1. Pouillel, Éléments de pinjsirjue, 4^ édit., t. P'/P- 43-46.

Ainsi rien ne périt dans l'univers, ou pour concevoir la perte de quelque cliose, nous sommes obligés d'avoir recours à l'intervention d'une force qui est elle-même impérissable, c'est-à-dire â Dieu. Un corps ne perd de sa force que ce qu'il en communique à un autre, et il lui en communique plus ou moins, selon que celui-ci offre plus ou moins de résistance, ce qui fait dire que l'action et la réaction sont égales, et poser ce principe essentiel de mécanique : a Quand une même force agit sur des mobiles différents, elle leur imprime des vitesses qui sont en raison inverse de leurs masses ou de la quantité de matière qui les compose ^, »

Tous ces principes sont a priori ; ils n'attendent point que l'expérience les démontre, car ils ne sont que la transformation de ce principe métaphysique : Rien ne commence ni ne finit d^exister par' soi-même. Il est surprenant que le philosophe allemand n'ait pas aperçu que les principes de la physique pure se confondent avec les principes de la métaphysique. Dans l'ancienne division de la philosophie, la métaphysique spéciale comprenait la psychologie et la théologie naturelle ; la métaphysique générale ou l'ontologie renfermait des axiomes sur l'espace, le temps, la substance, la cause, qui sont nécessairement répétés dans la psychologie, la théologie et la physique ; de sorte que la métaphysique générale faisait un double emploi avec les autres parties de la philosophie. Kant ne remarque pas ce double emploi ; bien plus il se montre très-sévère pour la métaphysique telle qu'on l'a faite avant lui, et plein d'indulgence pour la physique pure. « Nous pouvons, dit-il, chercher le fondement des mathématiques pures et de la j/iysique pure, c'est-àdire chercher comment elles sont possibles ; car, puisque ces sciences existent, il est clair qu'elles sont possibles.

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