Yoy. plus haut, t. Il, liv. VI; chap. v
Les contradictions de la métaphysique viennent, suivant lui, de ce qu'on a prêté à cette science un objet en dehors de l'esprit. Pour concilier ces contradictions, il suffit de regarder la métaphysique comme un ensemble de conceptions purement internes. « J'appelle, dit-il, transcendantale une connaissance qui n'a pas affaire avec des objets, mais seulement avec notre faculté de connaître, en tant que celle-ci peut se déployer a priori. Un système de pareilles conceptions pourrait s'appeler une philosophie tra7iscendantale *. »
Il entend donc par une conception transcendantale celle qui dépasse l'expérience et ne s'applique à aucun objet hors de l'esprit. Les conceptions de ce genre se divisent pour lui en trois classes; elles comprennent l" les conceptions qui accompagnent l'exercice de la faculté sensitive, c'est-à-dire des sens extérieurs et du sens intime, telles que l'idée d'espace et l'idée de temps; 2° celles qui sans demander un développement actuel de cette faculté, s'appliquent cependant aux objets de l'expérience et accompagnent l'exercice de l'entendement et du jugement, telles que l'idée d'unité, de pluralité, etc. ; 3° celles qui ne peuvent s'appliquer à aucune expérience et accompagnent l'exercice du raisonnement, telle que l'idée de la cause suprême.
Si Kant avait fait un chapitre sur la connaissance qui s'acquiert par les sens soit externes, soit internes, il aurait probablement donné à ce chapitre le nom d'esthétique, du mot grec qui signifie la sensation 2, et comme il consacre la première division de son ouvrage aux conceptions pures, c'est-à-dire sans objet extérieur, qui accompagnent, suivant lui, la connaissance sensitive, il donne à cette division le nom d'esthétique transcendantale.