Empfinduny. Ibid., p
bien différente en philosophie. Les mots de perception et d'intuition expriment que nous saisissons un objet extérieur; le terme de représentation s'applique, au contraire, à un acte dont l'objet peut n'avoir aucune réalité hors de l'esprit, tel que la réminiscence. C'est l'équivalent du mot d'idée dans le sens où l'ont employé Malebranche et Berkeley, qui refusaient à l'homme la faculté de percevoir les objets externes; Kant aurait dû s'en tenir au terme de perception pour exprimer la connaissance sensitive.
Les phénomènes saisis par les sens sont pour le philosophe allemand la résistance, la couleur, le son, l'odeur et la saveur : ce sont précisément les qualités qui, suivant Descartes, ne se trouvent point dans les objets extérieurs, mais dans l'âme, et que Locke a appelées les qualités secondes de la matière. Quant à l'étendue et à la figure, que Locke rangeait parmi les quaUtés premières des corps, Descartes avait supposé que l'âme s'en formait spontanément l'idée à propos du mouvement des sens, et il avait à démontrer que ces^ idées correspondent véritablement à des objets externes. Kant supprime cette démonstration, non pas qu'il admette avec nous que l'étendue et la forme soient saisies directement par les sens comme des choses extérieures, mais parce qu'il regarde l'étendue et la figure comme de pures con^ ceplions, sans aucune réalité hors de l'intelligence.
Pour distinguer ce que l'esprit reçoit du dehors d'avec ce qu'il produit de son propre fonds, dans l'exercice des sens extérieurs, Kant emploie le langage de la philosophie scolastique. On connaît la signification des mots matière et forme dans cette langue : la matière est l'objet corporel ou incorporel sur lequel travaille l'homme ou la nature; la forme est la propriété que l'objet tient de la nature ou de l'art. Dans l'exercice des sens, la matière est le phénomène extérieur saisi par les sens, c'est-
PRINCIPAUX SYSTÈMES SUR LtlS FACULTÉS 335
à- dire la résistance, la couleur, le son, l'odeur et la saveur; la forme est la conception pure que l'esprit ajoute de son fonds au phénomène, c'est-à-dire la conception de rétendue et de la figure K
L'auteur emploie encore d'autres termes qui demandent quelque explication : il appelle SMjVU'ètre qui pense et objet la chose extérieure connue par l'être qui pense. Ainsi, aux yeux de Kant, la résistance, la couleur, etc., qui ont une réahté extérieure, sont objectives; l'étendue et la figure, dépourvues de cette réalité, ne sont rien hors du sujet et sont par conséquent purement subjectives'^. Cette langue diffère de celle de Descartes, qui appelait réalité formelle la réalité extérieure, et réalité objective la représentation intérieure de la pensée. « Il doit y avoir, disait-il, dans la cause extérieure de l'idée autant de réalité formelle qu'il y a dans l'idée de réalité objective ou de réalité par représentation ^ » Pour Descartes, la réalité objective était la pensée interne et la réalité formelle était la cause extérieure de la pensée. Pour Kant, c'est le contraire : il entend par réalité objective ou matérielle la cause extérieure de la conception et par réalité formelle ou subjective la propriété même du sujet qui pense, et par conséquent la cause intérieure de la conception. Nous lui ferons ici le même reproche que pour l'emploi des mots extensif et synthèse. C'est la troisième fois qu'il commet la faute de changer le sens d'un mot et par conséquent de donner au même terme dans la langue philosophique deux acceptions diffé-< rentes.
Voici comment il établit que la conception de l'étendue et celle de la figure ne contiennent rien d'extérieur ou, comme il le dit, d'objectif. «L'effet d'un objet sur
• l. Critique de la raison pure, édit. citée, p. 25-26.