‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 195 sur 261 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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sitive. Par la conception de l'étendue ou de l'espace, noire faculté sensitive met en rapport, les uns avec les autres, les objets épars de la sensation. Voilà toute la réalité que possède l'espace, et Kant appelle cela la réalité emfîrique de lespace. Mais, si l'on fait abstraction de la matière de la sensation, l'espace n'est plus qu'une intuition pure, qui n'a aucun objet extérieur et qui devient ce que Kant appelle l'idéalité transcendantale de Vespace.

§ 6. Confusion de l'espace pur et de la forme géométrique avec l'étendue et la forme sensible.

Kant fait donc deux parts dans les qualités des corps, mais d'une autre manière que Descartes et que Locke. Il regardeles qualités secondes comme perçues directement en tant qu'objectives, et les qualités premières comme seulement conçues et dépourvues de toute réalité extérieure. La raison qui le détermine à faire cette distinction, c'est que l'étendue et la figure sont les objets ds la géométrie et donnent lieu à des propositions nécessaires, universelles, a priori, indépendantes de toute expérience, tandis que les qualités dites secondes ne fournissent aucune proposition nécessaire et sont données uniquement a posteriori ou par l'observation. Nous accordons qu'il y a une étendue et une forme qui ne sont point sensibles : c'est l'étendue de l'espace pur et la forme définie par la géométrie*; mais cette étendue et cette forme pures ne sont pensées par notre esprit qu'à propos d'une étendue et d'une forme sensibles. Le même toucher qui connaît la résistance en connaît les limites et par conséquent l'étendue et la forme; la même vue qui saisit la couleur, la saisit avec une étendue et une forme. Personne n'a vu

1. Voy. plus haut t. II. Uv. VI chaD. v, £? 1, et liv. VU, chap. II, g 7.

ni touché un objet, qu'il ne l'ait perçu en même temps, étendu et limité, c'est-à-dire formé. Si c'est la notion de l'étendue et de la figure qui donne de l'unité à la multiplicité des sensations de résistance, de couleur, etc., on peut dire que la sensation apporte son unité avec elle, parce que la notion de résistance, de couleur, etc., est inséparable de la notion d'étendue et de limite. Si la résistance, la couleur, etc., ne portaient pas leur étendue et leur figure avec elles, comment l'esprit pourrait-il leur imposer une figure et une étendue ? Il devrait leur appliquer toujours les mêmes dimensions. Où prendrait-il la forme de la rose, celle du chêne, celle du rocher ? Il les produirait donc suivant la fantaisie! et comment ses productions variées pourraient-elles précisément conve-, nir aux résistances et aux couleurs que lui fournirait la nature extérieure ?

11 faut distinguer entre l'étendue et la forme observables, saisies parlessensextérieurs, etl'étendueetlaforme non observables, absolues, saisies par l'intuition de l'esprit. L'espace pur et les définitions géométriques sont les seuls objets qui fondent les propositions nécessaires a priori dont parle Kant, tandis que l'étendue et la forme observables ne donnent lieu, comme la couleur, le son, la résistance, etc., qu'à des propositions contingentes. La perception de l'étendue et de la forme observables est liée à la matière de la sensation, tandis que la perception de l'espace pur et la conception de la figure géométrique peuvent s'en séparer. Combien d'hommes perçoivent l'étendue et la forme des corps observables, qui ne songent point à cet espace pur, illimité et éternel, ni à ces figures géométriques, formées de lignes sans largeur, de surfaces sans profondeur et de solides sans impénétrabilité?

Il y a donc une étendue et une forme observables, contingentes, inséparables de la résistance, de la couleur, etc., dont il faut atttribuer la connaissance aux sens

extérieurs ; et il y a un espace pur, une ligure consti tuée parles définitions géométriques, dont la notion peut se séparer de l'étendue et de la figure fournies par les sens et doit être rapportée en conséquence à une autre faculté de l'esprit.

Si Kant a refusé à la sensation des notions qui lui appartiennent, celles de l'étendue et de la figure observables, d'une autre part il lui a accordé plus qu'il ne lui appartient, en lui attribuant la perception de l'impénétrabilité 1. Nous avons fait voir que celte propriété n'est attribuée par nous au corps que par supposition et qu'après que nous en avons obtenu la notion à propos de l'espace pur, et qu'en conséquence elle ne peut pas être rapportée à la faculté sensitive ^.

§ 7. Confusion de l'espace réel avec les conceptions géométriques.

C'est pour n'avoir pas distingué l'étendue et la figure oDservables ou sensibles d'avec l'étendue etla forme non observables, c'est-à-dire d'avec l'espace pur et la forme géométrique, que le philosophe allemand a rapporté à l'intuition pure toute idée de forme et d'étendue. Il a commis, à ce qu'il nous semble, une autre confusion. La forme géométrique est l'objet d'une coj.ception idéale et n'existe pas hors deTesprit. Le triangle parfait n'est que dans l'intelligence humaine etdans l'intelligence divine-^; mais on n'en peut pas dire autant de l'espace réel, dans lequel se meuvent les corps et les esprits ; il est Tobjet d'une perception, c'est-à-dire qu'il n'est pas créé par la pensée et qu'il existe alors même que l'esprit n'y pense

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