‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 197 sur 261 · Critique de la raison pure, édit. citée, p. 29 et · texte numérisé non relu

Critique de la raison pure, édit. citée, p. 29 et

Nous n'admettons aucune de ces opinions, sa démonstration ne peut donc rien contre nous. La différence entre sa théorie et la nôtre, c'est que l'idée de l'espace ne venant pas du dehors par la sensation, il la fait venir du dedans, tandis qu'à nos yeux l'idée de l'espace vient du dehors, comme l'idée de corps, la seconde par la perception des sens, la première par la perception de rintelligence pure. Aux yeux de Kant, l'espace n'a pas plus de réalité hors de l'esprit que l'idéal du cercle, pour nous le cercle est un idéal en effet, mais l'espace où se meut notre corps est une réalité indépendante de notre corps et de notre esprit. Entre deux doctrines qui posent en fait des vérités différentes, la discussion n'est pas possible ; c'est à chacun de se prononcer suivant l'évidence qui frappera son entendement.

g 8. Confusion de la durée observable avec le temps absolu.

Ce que nous venons de reprocher à la doctrine de Kant sur l'espace abrégera de beaucoup ce que nous avons à dire sur le temps. Le philosophe décrit cette prétendue conception idéale à peu près dans les mêmes termes que la première. « Le temps n'est rien autre chose que la forme du sens intime, c'est-à-dire de l'intuition de nous-mêmes et de notre état intérieur. Car le temps ne peut pas être la détermination des phénomènes externes; il n'appartient à aucune figure, à aucune situation, etc., mais il détermine le rapport des représentations dans notre état intérieur. Comme cette intuition intérieure ne présente aucune Figure, on cherche à suppléer à ce défaut par des analogies; on se représente la suite du temps par une ligne qui s'étend à l'infini, dont les éléments forment une série qui n'a qu'une dimension, et on conclut des propriétés de cette ligne aux propriétés du temps, excepté que les parties de la ligne exis-

tent simultanément, tandis que les parties du temps n'existent que l'une après l'autre. On voit de plus par là que la représentation du temps est elle-même une intuition, puisque tous les rapports du temps se laissent exprimer par une intuition extérieure.... Si nous faisons abstraction de notre manière de nous voir intérieurement et de recueillir par le moyen de cette intuition toutes les intuitions extérieures dans notre faculté de représentation, si par conséquent nous prenons les objets comme ils peuvent être en eux-mêmes, le temps n'est rien.... L'idéalité transcendantale du temps consiste en ce que si Ion fait abstraction des conditions subjectives de l'intuition sensitive, le temps n'est rien et ne peut être considéré ni comme substance, ni comme attribut des objets pris en eux-mêmes, et sans rapport à notre intuition interne * . »

Au milieu de plusieurs propositions contestables, on aperçoit ici cette vérité que, pour percevoir la durée des choses extérieures, il faut que nous percevions la durée de lacté par lequel nous les connaissons, etque la seule durée directement observable pour nous est celle des actes de notre conscience. Aristote et Locke avaient déjà fait cette très-juste i'emarque -. Locke ajoutait qu'à propos de l'idée de notre durée, nous acquérons l'idée d'un temps absolu sans commencement ni fin, et il attribuait aussi à la conscience ou à la réflexion l'origine de cette seconde idée. Il se trompait sans doute en rapportant à la conscience une notion qui dépasse la portée de celte faculté ; mais il distinguait au moins entre la durée des actes de la conscience et la durée du temps absolu.

Kant ne suit pas en cela l'exemple de Locke. De même que le philosophe allemand n'a point fait de distinction

1» Critique de la raison pure, édit. citée, p. 37-39. 2. "Voy. plus haut, t, II, liv. VI, chap. v, § 8, et liv. VII, chap. 1,^3.

entre l'étendue et la forme observables d'une part, et de l'autre l'espace pur et les définitions géométriques, de même il n'a point distingué la durée de nos actes, durée très-variable, très-limitée, sur laquelle on ne peut fonder de propositions nécessaires, d'avec le temps pur et absolu qui n'a ni commencement ni fin, et qui, dépassant les limites de la mémoire et de la conscience, est connu par une perception particulière, distincte de la perception expérimentale \ Le philosophe allemand n'a remarqué que la durée absolue sur laquelle on peut établir des propositions nécessaires apriori, par exemple : que les moments du temps sont hors les uns des autres, que le temps n'a ni commencement ni fin, etc., tandis que les phénomènes de conscience ne nous fournissent que des propositions contingentes, et il a conclu que ces derniers sont l'objet d'un intuition empirique et que toute durée est l'objet d'une intuition pure ^.

La notion de la durée ne pouvant venir, selon Kant, du phénomène aperçu par la conscience, elle venait de la forme de l'esprit, c''est-à-dire de la spontanéité même du sens intime. Yoilà comment, suivant lui, aucun changement en nous-mêmes ne nous est donné sans une durée, ni aucune durée sans un changement en nous-mêmes. Nous faisons donc à cette théorie sur la durée le même reproche qu'à la théorie sur l'espace. Il y a une durée observable qui est inséparable du phénomène intérieur ; le même sens intime et la même mémoire qui nous font connaître le phénomène interne, nous font connaître aussi sa durée. Si le sens intime et la mémoire ne percevaient pas la durée du phénomène intérieur, mais lui imposaient une formeintérieure qui serait celle du temps, comment cette forme ne serait-elle pas toujours lamème,

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