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PRINCIPAUX SYSTÈMES SUR LES FACULTÉS 34a
et comment pourrions-nous apprécier les durées diverses des différents phénomènes? Comment saurions-nous que telle peine dure plus que tel plaisir? Il faudrait donc imaginer des durées différentes. Ce ne serait donc plus le temps qu'il faudrait regarder comme la forme du sens intime, mais une multitude de temps, se produisant au hasard et imposant aux phénomènes des durées de fantaisie, comme les sens extérieurs imposeraient aux résistances et aux couleurs externes des étendues et des formes arbitraires.
Le phénomène intérieur et sa durée sont l'objet d'une perception expérimentale, et il n'y a pas lieu à distinguer ici entre l'intuition empirique et l'intuition pure; mais à propos de la durée observable, notre raison perçoit qu'il y a un temps absolu, sans commencement ni fin. Ce temps absolu n'est ni la substance, ni la qualité des objets contingents : Kant a raison de le soutenir, car si les objets ne peuvent être supposés hors du temps, le temps peut être supposé vide d'objets et d'événements. Le temps absolu n'est pas, comme la durée observable, nécessairement lié à la conscience d'un phénomène. On peut percevoir un fait de conscience sans penser au temps pur et absolu, sur lequel se fondent les propositions nécessaires. On doit donc attribuer la perception de ce temps à une autre faculté que la conscience, et cette faculté ne peut être la forme du sens intime, parce que le temps absolu embrasse plus d'éléments que n'en saisit le sens intime, et parce qu'on se distingue soi-même du temps pur, comme on se distingue de l'espace absolu.
Kant se résume ainsi dans une remarque commune sur l'espace et le temps : « Si l'on considère l'espace et le temps comme des propriétés qui, pour être possibles, doivent se trouver dans les choses elles-mêmes, si l'on pense aux absurdités dans lesquelles on se jette en supposant que deux choses infinies, qui ne sont ni substan-
ces, ni attributs des substances, sont cependant quelque chose d'existant, et même la condition nécessaire de Texistence de toutes choses, et qu'elles subsistent encore lorsque toutes les choses existantes ont été supprimées, on ne peut rien reprocher à l'excellent Berkeley, qui réduisait les corps à de pures apparences, car notre existence elle-même, dans une pareille théorie, dépendrait de la réalité en soi d'un néant tel que le temps, et deviendrait, comme le corps, une vaine apparence ; absurdité que, jusqu'à présent, personne ne s'est permis de soutenir 1. » Nous nous résumons aussi en disant que nous ne défendons pas l'opinion de ceux qui pensent que l'espace et le temps sont les propriétés des objets saisis par l'observation ou la substance de ces objets; car, ainsi que le l'emarque notre philosophe, on peut supposer l'anéantissement des choses connues par l'expérience, et non celui du temps et de l'espace, et l'on met en avant en ce qui concerne le temps et l'espace des propositions nécessaires a priori, qui ne peuvent s'appliquer aux objets de l'observation. L'espace et le temps, choses nécessaires, ne peuvent donc être ni la propriété, ni la substance, ni l'ordre des choses contingentes. La sensation ne donnant pas le temps et l'espace, et d'une autre part le temps et l'espace n'étant pas de purs mots, Kant a pensé que nous n'avions pas d'autre ressource que de regarder le temps et l'espace comme un idéal fourni par l'âme elle-même et se manifestant à propos de la sensation. Il reste à considérer le temps et l'espace comme des réalités qui soient la condition de l'existence des choses contingentes, non comme leur substance ou leur propriété, mais en ce sens que les choses contingentes ne peuvent exister en dehors du temps et de l'espace. Dans cette théorie, l'espace et le temps né sont pas un néant duquel dépende