Brucheri^ Bhl. oit. philos,, Lips. 1742, t. I, p
de tomber dans des contradictions et ils prennent souvent pour des réalités les causes qu'ils imaginent; mais il serait injuste de leur faire un crime d'employer le jugement par analogie, car il les conduit souvent, comme nous l'avons vu, à de grandes découvertes*. Ils doivent seulement se garder de prendre des objets d'induction pour des objets de perception.
Énésidème s'est fait une place remarquable entre les pyrrhoniens par sa discussion sur la notion de la cause. Ce ne sont pas seulement les causes telles que les physiciens les imaginent qui tombent sous le coup de sa discussion, il attaque la notion de la cause en elle-même, et il essaye de montrer l'impossibilité de la cause créatrice et de la cause formatrice. « La création est impossible, dit-il, car un ne peut devenir deux. D'une part, une chose incorporelle ne peut créer une seconde chose incorporelle et encore moins une chose corporelle. De l'autre, un corps ne peut en créer un second et encore moins un esprit. La formation ou l'organisation du monde n'est pas plus facile à comprendre : ou la cause organisatrice est en repos, ou elle est en mouvement; si elle est en repos, comment donnera-t-elle le mouvement à ce qui se meut, et communiquera-t-elle le repos à ce qui reste immobile; si elle est en mouvement, comment créera-t-elle le repos? comment même communiquera-t-elle le mouvement! On dit que le mouvement du tourneur est la cause du mouvement de la roue; mais le mouvement de la roue n'est-il pas à son tour la cause du mouvement du tourneur? car sans la roue, le tourneur resterait dans l'immobilité. On ne peut donc pas savoir lequel de ces deux mouvements est la cause de l'autre. L'effet ne peut pas précéder la cause; il ne peut pas non plus lui être contemporain, car il faut que la cause existe avant l'effet; et d'une autre part, l'effet ne peut pas être postérieur à la cause, car on ne conçoit
pas une cause qui n'agit pas, ou une cause sans effet. Si la cause produit son effet d'elle-même, comment ne l'at-elle pas toujours produit, et comment pourrait-elle ne pas toujours le produire? La cause ne possède ni une puissance unique, car elle fait paraître des effets différents; ni des puissances diverses, car elle les exercerait toutes sur le même objet, et tous les objets auraient les mêmes qualités. La cause ne peut agir ni à distance, puisqu'elle ne pourrait ainsi transmettre son action, ni par contact, puisque le contact sans distance serait une identification *. »
Dans cette discussion Énésidème met le doigt sur les difficultés véritables, et s'il admettait le fait malgré les ténèbres qui peuvent l'environner, nous n'aurions presque rien à lui répondre. Mais il n'en est pas ainsi, et de ce que le sceptique ne connaît pas tout dans la relation de la cause à l'effet, il rejette même ce qu'il en connaît. Nous lui accordons que la création est incompréhensible, quoique notre croyance à la perfection de Dieu nous oblige d'admettre la création; nous lui accordons que la communication du mouvement entre les corps est inexplicable, comme la communication du repos, comme celle de toute action d'une substance sur une autre, soit à distance, soit par contact; mais l'expérience nous atteste que cette communication a lieu; nous l'admettons donc, quoique nous ne puissions nous en rendre compte. Quant aux autres objections d'Énésidème, elles nous paraissent venir de ce qu'il n'a pas distingué entre une causelibre et une cause nécessaire. Celle-ci ne peut pas arrêter ses effets, ni varier son action; il lui est impossible de ne pas exercer toute sa puissance sur le même objet; mais une cause libre, telle que Dieu ou même telle que l'homme, commence