‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 208 sur 261 · Ibid., t. III 1. XI, ch. I · texte numérisé non relu

Ibid., t. III 1. XI, ch. I

actuelle est la perception expérimentale des corps et de notre âme.

Nous adressons donc jusqu'à présent trois reproches à la liste des catégories de l'entendement d'après Kant. Premièrement, l'auteur se trompe en rapportant toutes ces catégories à une faculté du jugement distincte des sens extérieurs et du sens intime; secondement, elles ne sont pas des actes primitifs de notre pensée, indépendants les uns des autres, comme le doivent être les éléments que la psychologie assigne à l'intelligence de Thomme; on ne les distingue que par l'abstraction; troisièmement, le philosophe allemand a tort de les regarder toutes comme des idées a pnori, antérieures à l'expérience et sur lesquelles il soit possible de fonder des propositions nécessaires et universelles.

§ 13. Les catégories no sont pas des conceptions vides de réalité extérieure.

Mais Kant ne prétend pas seulement que les idées qu'il rapporte à l'entendement sont toutes a priori ou antérieures à l'expérience, il ajoute qu'elles ne sont que conceptions pures, vides de toute réalité extérieure, et qui n'ont d'autre usage que de s'appliquer aux objets de l'observation. « Nous ne pouvons faire usage des catégories qu'à la condition que l'intuition nous fournisse des objets auxquels s'appliquent ces conceptions pures. * » On se rappelle que l'intuition est l'acte de la faculté sensitive, et qu'elle se divise en intuition empirique et en intuition pure. La première nous donne la notion de la résistance, de la lumière, du son, de l'odeur, de la saveur; la seconde nous fait concevoir l'étendue, la figure et la durée. L'objectivité des formes de l'entendement

1, Criticjuc de la raison pure, édit. citée, p. G3, 107.

comme Vobjectivité des formes de la faculté sensitive, consiste en ce qu'elles s'appliquent aux objets de l'intuition sensitive*. « Penser un objet et le connaître dit Kant, ce n'est pas la même chose. Pour former la connaissance, il faut deux éléments : premièrement, la conception, par laquelle un objet est pensé (la catégorie); secondement, l'intuition, par laquelle il est donné; s'il n'y avait aucune intuition qui correspondît à la conception, il y aurait une pensée subjective, sans aucun objet, et cette pensée ne pourrait fournir aucune connaissance, car, autant que je sache, il n'y aurait rien et il ne pourrait rien y avoir à quoi ma pensée s'appliquât. Comme toute intuition possible est sensitive, la pensée d'un objet par une conception pure de l'entendement ne peut donc devenir une connaissance, qu'en tant que cette pensée se rapporte à un objet des sens. L'intuition sensitive est ou pure ou empirique : la première est celle de l'espace et du temps, la seconde est celle des objets qui nous sont représentés par la sensation comme existant actuellement dans le temps et l'espace. La première nous donne des conceptions a priori dans les mathématiques, mais de savoir s'il y a des choses qui puissent être données en intuition dans la forme des mathématiques, c'est encore une question indécise. Par conséquent les conceptions mathématiques ne sont point par elles-mêmes des connaissances, à moins qu'on ne suppose qu'il y a des objets qui peuvent nous être représentés conformément à l'intuition pure. Il ne peut nous être donné de choses, dans l'espace et dans le temps, qu'autant qu'elles sont des perceptions, c'est-à-dire des représentations accompagnées de sensation. Par conséquent, les conceptions pures de l'entendement, môme quand elles s'appliquent aux intuitions pures, comme

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