Voy. plus haut, même vol., 1. IX, ch. i
2. Descartes, Œuvres philosophiques, édit. Ad. G., introd., p. ex, cxii.
pliquions pas quelquefois à l'esprit, tandis que nous appliquerions l'idée de la pensée aux corps; on doit s'étonner surtout que nous ayons un moyen de reconnaître dans quel cas l^'application des conceptions pures s'adapte bien ou mal à telle ou telle donnée de l'expérience.
Kant n'est donc pas le véritable auteur de la théorie qui coupe en deux une connaissance indivisible, qui attribue à une faculté la notion de la résistance, et aune autre la notion de l'étendue, à celle-ci l'idée du nombre et à celle-là l'idée des choses nombrées, etc. Presque toute la philosophie était engagée dans cette voie. Le mépris pour les enseignements des sens externes et quelquefois même pour ceux du sens intime, la recherche des éléments nécessaires de la connaissance et l'exagération du nombre de ces éléments étaient la faute commune 'de Platon, de Descartes et de Leibniz. On peut même dire que le philosophe allemand, en posant que la résistance, la couleur, le son, en un mot les qualités secondes, nous sont immédiatement données comme externes, a constaté l'existence d'une partie du monde extérieur qui avait échappé à ses prédécesseurs ; et que Descartes, dans le passage où il dit que les sens ne sont que le théâtre de quelques mouvements corporels à propos desquels l'esprit conçoit non-seulement les idées universelles, mais encore les idées de couleur, de son, dodeur', etc., portait les éléments subjectifs de notre connaissance plus loin encore que le philosophe allemand; qu'il se mettait dans une plus grande difficulté de prouver le monde extérieur et qu'il s'était montré d'avance plus kantien que Kant lui-même.
1. Descaries, ŒnvrespliilpsopJiiqx(eii,éd- Ad.G,,introd.p. cxii.
§ 15. De ce que le philosophe allemand entend par un schème.
Les conceptions pures n'ayant aucune valeur par ellesmêmes et recevant tout leur prix de leur application à l'expérience, Kant entreprend de montrer comment se fait cette application, et c'est ce qu'il appelle faire la déduction des conceptions pures, c'est-à-dire démontrer leur légitimité*.
Cette application ne se fait pas, suivant lui, directement, mais par l'intermédiaire d'une forme, d'un cadre, ou, comme le dit ce philosophe, d'un schème qui est fourni par la conception du temps"^. Ainsi l'application des catégories de la quantité à l'expérience se fait par une forme ou un schème qui, pour réaliser l'universalité et la pluralité, représente une addition successive d'unités homogènes, et pour réaliser l'unité, représente l'exclusion de toute succession. Dans la catégorie de la quantité, le schème de l'affirmation comprend un être en soi dans h temps; celui de la négation exprime le néant dans le temps; celui de la limitation contient la différence du même temps, considéré comme plein ou vide.^. Dans les catégories de la relation, le schème de la substance est la permanence dune réalité dans le temps; celui de la cause est une réalité, d'où ilsMiUoujours quelque chose, ou une succession dont on ne peut pas intervertir les termes. Le schème du rapport des parties au tout est la simultanéité. Enfin, quant aux catégories de la modalité, le schème de la possibilité est la conception qu'une chose peut être dans un certain temps; celui de l'impossibilité est la conception que les deux contraires ne peuvent pas