Critique de la raison pure, édit. citée, p. 194 et
PRINCIPAUX SYSTÉiMES SUR LES FACULTÉS 3G9
passages que nous allons ciler tout-à-l'heure, et par les titres que l'auteur donne à ces principes, titres dans lesquels il affecte de réunir des noms qui signifient une conception a priori, tels que axiome, anticipation, analogie, postulat, avec des noms qui se rapportent à la connaissance expérimentale, comme intuition, perception, expérience, pensée empirique.
Examinons donc de ce point de vue les principes que nous venons de rapporter. « Toutes lesintuitions sontdes grandeurs extensives, même celle du temps, que nous ne pouvons concevoir qu'en nous le représentant comme une ligne. » Nous laissons de côté la question de savoir si nous ne pouvons nous représenter le temps que comme une ligne, ou s'il ne vaudrait pas mieux dire que le temps a longueur, largeur et profondeur, puisqu'il est dans tous les points de l'espace ; nous acceptons cette proposition, que toutes les Intuitions sont étendues, et nous voulons examiner si cette proposition est une conception a priori^ qui s'applique à l'expérience. Les intuitions des étendues sensibles s'appliquent en effet à des objets de l'expérience, mais elles ne sont jamais a priori, et lesintuitions de l'espace et du temps pur sont a priori, mais elles ne s'appliquent jamais à des objets de l'expérience.
« Dans tousles phénomènes, la réalité, qui est un objet de la sensation, a une grandeur intensive, c'est-à-dire un degré. » Veut-on faire de cette proposition expérimentale une anticipation de la perception, soit en disant que nous avions la conception pure de degré, avant que l'observation nous donnât la perception de quelque chose d'extérieur, soit en disant qu'à l'avenir tout objet de la sensation aura un degré ? Dans le premier cas, on se met en contradiction avec les faits, qui prouvent que l'idée de degré nous vient de l'expérience ; dans le second, on commet une tautologie; car si l'intensité est ce qui rend l'objet sensible, dire que tout objet de la sensation aura