Ibid.. p
tombe point sous les sens, que des idées purement négatives, et que ces négations ne fournissent pas de véritable connaissance ^ « Si nous entendons par objets purement intelligibles ceux qui seraient pensés au moyen des pures catégories sans aucun schème fourni par les sens, de tels objets sont impossibles -. »
Telle est donc la théorie de Kant sur les conceptions a priori qu'il rapporte à l'entendement. Ces conceptions, au nombre de douze, sont toutes a priori; elles ne contiennent rien d'extérieur à la pensée, lorsque l'expérience ne vient pas leur fournir un objet d'application. Nous avons essayé démontrer qu'elles ne sont pas toutes a priori, et qu'il est impossible de comprendre comment de pures conceptions de l'esprit pourraient s'appliquer à des objets de l'expérience. En supposant que les idées d'unité, de pluralité, de totalité, etc., fussent des conceptions a priori, à quel signe reconnaitrait-on que l'unité conviendrait à tel objet, la pluralité à tel autre, etc.?... S'il y avait dans l'objet de l'expérience quelque signe qui indiquât qu'il fût un ou plusieurs, on n'aurait pas besoin de lui appliquer une conception a priori, et s'il manquait de ce signe, comment ne brouillerait-on pas toutes les applications? Les véritables conceptions pures de l'esprit sont inapplicables aux objets de l'observation : la conception du point, de la ligne, de la surface géométrique ne peut se réaliser dans aucune expérience ^. La conception pure de la justice est un idéal dont la conduite d'aucun homme n'a jamais donné l'exacte copie. Quaqt aux perceptions delà raison pure, dont les objets sont l'espace, le temps et la cause première, à quelle expérience pourrait convenir le caractère de nécessité dont elles sont empreintes ? Les notions rangées
1. Critique de la raisoi pure, édit. citée, p. 223, 227, 228.