Œuvrer pJiilosoph'ujur.s, trad. franc., t, II, p
temps vide, la difficulté est la même, et il faut bien que l'éternité appartienne soit au temps absolu, soit au monde, soit à Dieu.
D'un autre côté, les raisons de Kant ne sont pas plus efficaces à montrer que le monde est infini quant à l'espace et au temps. « Si le monde a commencé, dit-il, il a été précédé d'un temps vide, et ce temps n'a aucun pouvoir créateur. » Aussi ne faisons-nous pas commencer le monde par le pouvoir du temps, mais par le pouvoir de Dieu. « Si le monde, poursuit-il, est limité quant à l'espace, il est en rapport avec le vide, c'est-à-dire avec rien. » L'espace vide n'est pas un néant d'espace, comme nous l'avons déjà dit, par conséquent il est quelque chose, il est l'espace. Nous ne prétendons pas que cet espace ait par lui-même le pouvoir de limiter le monde, et nous croyons que le monde est limité par le pouvoir de Dieu. Nous pensons donc que spéculativement et sans recourir aux raisons puisées dans la morale, on peut dire : 1° que l'espace et le temps sont sans limites; 2'' que le monde a toujours été ou qu'il a commencé d'être par le pouvoir de Dieu, qui lui-même est éternel; 3° que le monde est limité quant à l'espace, ou de luimême ou par la puissance divine, ou illimité s'il plaît à Dieu. Nous ne donnons pas ces assertions pour des arguments ou des preuves, mais pour des propositions évidentes d'elles-mêmes, et par conséquent nous ne les attribuons pas à la raison entendue comme faculté spéciale distincte des sens et de la conscience, et méritant à ce titre seulement le nom de raison pure, ou plutôt, comme nous l'avons dit, d'intuition pure et extérieure.
Nous passons à la deuxième antinomie de la cosmologie rationnelle.
Thèse. Chaque substance composée se forme de parties simples, et tout ce qui existe est ou simple ou composé d'éléments simples.
394 LIVRE Xi
Antithèse. Aucune chose ne contient d'éléments simples.
Preuve de la thèse. S'il n'y a rien de simple, il n'y a rien de composé.
Preuve de l'antithèse. Les parties simples seraient dans l'espace, par conséqueat adéquates aux parties de l'espace : or, les parties de l'espace ne sont pas simples, mais étendues; le simple serait donc composé, c'est-àdire adéquat aux parties étendues de l'espace, ce qui est contradictoire *.
Nous répondrons en faveur de la thèse et contre l'antithèse, premièrement que le composé complexe n'a pas besoin d'éléments étendus. Un corps est à la fois continu et complexe; comme continu, il a des parties qui sont hors les unes des autres, et réciproquement impénétrables, ainsi que les parties de l'espace; mais comme complexe, il a des propriétés qui existent au même point de l'espace et du temps, et qui ne sont pas étendues. Il n'est donc pas exact de dire que les éléments simples de tous les composés doivent être adéquats aux parties de l'espace. Secondement, les parties d'un composé continu doivent être en effet adéquates aux parties de l'espace, mais il n'en résulte pas qu'elles soient composées. Nous avons vu qu'il était possible de se faire une idée de la moindre partie de l'espace, qui sei'ait étendue et cependant indivisible même par la pensée, puisqu'elle serait la moindre possible -.
La troisième antinomie porte sur l'idée de la cause et de la liberté.
Thèse, Les lois de la nature ne suffisent pas pour expliquer tous les phénomènes de ce monde; il faut encore pour cela recourir à une cause libre.