Critique de la raison pure, édit. citée, p
monde, ce premier être serait lui-même sans cause. Mais premièrement, si la raison suppose une série de changements qui, dans son ensemble soit nécessaire, chaque changement est marqué de la même nécessité. C'est de la nécessité de chaque anneau que résulte la nécessité de la chaîne, et il n'y a pas de contradiction. Si au contraire la raison, pour ne pas multiplier les êtres au delà du besoin, s'arrête à la nécessité du premier être, l'éternité qu'elle lui attribue l'empêche de demander la cause de ce premier être. Elle n'est contrainte de supposer une cause qu'à l'être qui commence, et elle ne se contredit pas quand elle n'attribue pas de cause à ce qui n'a point commencé. Il n'est pas possible à la raison d'admettre que tout ce qui existe dans ce monde soit contingent; cette succession de hasard ne la satisfait pas; Épicure lui-même était obligé de poser la nécessité des atomes; il faut que la raison trouve quelque part un fondement solide où elle s'appuie, et ce fondement est l'être nécessaire.
Kant avoue que dans toutes les antinomies, la thèse a un avantage même spéculatif sur l'antithèse; que celleci, qui n'accorde ni le commencement du monde, ni les éléments simples, ni la liberté, ni l'être nécessaire, qui par conséquent n'admet pas de premier terme dans la série', ne permet à l'esprit de se reposer nulle part et le fatigue par une course infinie dans le vide ; il reconnaît donc par là que la marche naturelle de la raison spéculative est de poser son premier terme, c'est-à-dire un commencement au monde, des éléments simples dans les composés, une liberté pour première cause, un être nécessaire pour soutien de tout ce qui commence et finit, et que les raisons morales qui fortifient toutes ces vérités n'en sont cependant pas le seul fondement.