Critique de lu raison pure, êdil. citée, p
Le philosophe prétend que Yanlithèse est plus favorable aux progrès de l'expérience^. Suivant lui, quand on suppose que le monde est infini dans le temps et dans l'espace, que les composés ne sont point formés de parties simples, que les phénomènes s'enchaînent uniquement d'après les lois de la nature, sans intervention d'aucune liberté, et qu'il n'existe point d'être absolument nécessaire, on est plus vivement excité à marcher dans le champ des découvertes. Nous ne pensons pas que pour regarder notre globe comme restreint par une limite dans le temps et dans l'espace, comme formé d'éléments simples, réglé dans ses phénomènes par la liberté divine, soutenu dans ses changements par un être nécessaire, on éteigne l'ardeur des recherches qui tendent à décomposer les corps ou à saisir les lois générales des phénomènes de la nature.
Ce serait plutôt la philosophie transcendantale qui arrêterait l'essor des sciences ; car elle enseigne que la nature n'existe pas en elle-même, et que l'étendue et la forme ne sont rien hors de nos représentations internes-. S'il en était ainsi, l'astronomie, la physique, la chimie ne travailleraient pas à connaître une réalité extérieure, mais à décomposer et à classer les apparitions qui se succèdent dans notre esprit. La dialectique transcendantale, dit Kant, ne favorise pas le scepticisme, mais la méthode sceptique, qui nous apprend à corriger nos jugements^. La raison pour laquelle il donne l'avantage à la dialectique transcendantale sur le scepticisme, c'est que ce dernier nous rendait indécis sur la question de savoir si nous pouvions ou non connaître quelque chose de nécessaire, tandis que la méthode sceptique nous refuse péremptoirement toute connaissance absolue.