‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 238 sur 261 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

PRINCIPAUX SYSTÈMES SUR LES FACULTÉS 'lOl

avons de l'infini n'est pas semblable à celle du triangle, que celle-ci est un pur idéal, qui, loin d'affirmer l'existence extérieure de son objet, affirme qu'il n'existe que dans l'esprit, qu'au contraire l'idée que nous avons de Dieu est la perception d'une substance active, sans commencement et sans fin, et la croyance à la perfection de cette cause. Au lieu de cela, Descartes soutient qu'il n'est pas de l'essence du triangle d'exister, tandis que l'existence est de l'essence de l'infini, ce qui laisse la question entière; car il s'agit de savoir si cette seconde idée : qu'il est de Vessence de Vinfini d'eodster, est une perception ou une croyance, ou encore un idéal tel que celui qui nous représente les propriétés ou l'essence d'un triangle. Le débat ne devait pas porter sur l'objet plus ou moins complexe de 1 idée de l'infini, mais sur la nature même de cette idée. Il fallait examiner si elle est une perception comme la perception de nous-mêmes, qui pose son objet d'une manière certaine, évidente, immédiate, qui n'admet pas de contestation, et n'en appelle qu'à la conscience de chacun; ou bien si celte idée est une croyance spontanée comme celle qui nous fait croire à la stabilité de la nature, ou enfin un pur idéal, dont l'objet ne peut exister hors de la pensée. Il est de fait que saint Augustin, saint Anselme et Descartes ont cru que l'idée de l'être infini était d'abord un pur idéal, et qu'on avait à prouver que son objet se détache ensuite de l'esprit et prend une existence extérieure. Or, cette preuve ne peut se donner. Si l'être infini est, un seul instant, pour nous ce qu'est le triangle parfait, un pur idéal, il le demeurera toujours; nous ne pourrons saisir aucun moment où son état ait changé. Si, au contraire, l'être infini et parfait est vraiment pour nous la matière d'une perception ou d'une croyance, et non d'un pur idéal, il l'a été dès le premier moment, dès qu'il a apparu à notre intelligence; jamais il ne s'y est pré-

iii. — "î:.

senlé sous la forme d'un pur idéal. Que pouvons-nous faire pour la critique de nos idées, pour la distinction du certain et de l'incertain, et la solution du problème de la certitude, sinon de dire : Ceci est une perception, ceci est une croyance, ceci est une pure idée? car, remarquons-le, jamais l'un de ces actes |ne deviendra l'autre ; jamais le triangle parfait ne sera l'objet d'une croyance ou d'une perception; jamais notre propre existence ne deviendra pour nous la matière d'une pure croyance ou d'un idéal, et jamais l'événement futur dans lequel nous avons la plus ferme croyance ne sera, tant qu'il restera futur, saisi par une perception ou transformé en un idéal que nous affirmons ne pouvoir exister en dehors de notre esprit. Il en est de la notion de Dieu comme de la notion des corps et de la notion de nous-mêmes. Si le corps est pour nous d'abord l'objet d'un doute, par conséquent d'une croyance balancée par une autre, ou l'objet d'un pur idéal, il le demeurera toujours, et nous n'en pourrons jamais affirmer l'existence; s'il est, au contraire, connu par une perception immédiate, il faut le dire tout de suite et n'entreprendre sur ce point aucune démonstration. Si je pense, donc je suis est dans le fond comme dans la forme un enthymème, il sera toujours impuissant à prouver notre existence; car si nous avons connu notre pensée, sans connaître notre existence, nous continuerons de connaître la première, vide d'un moi qui pense ; et si, au contraire, comme le voulait au fond Descartes, nous avons saisi notre existence en saississant notre pensée, nous n'avons jamais douté de notre existence, elle a toujours été pour nous la matière d'une perception immédiate, et elle a dû être exceptée des notions douteuses que Descartes a rejetées, ne fût-ce que pour une heure.

Nous distinguons, comme on l'a vu, dans la notion de Dieu, une perception et une croyance : une percep-

tion qui affirme que quelque chose a toujours [existé et existera toujours ; une croyance qui admet sans preuve que cette cause du monde est parfaite. Si la connaissance de l'être infini et la croyance à la perfection de cet être sont regardées comme un pur idéal qui, pour un seul instant, ne perçoit, ni ne croit l'existence de son objet, comment transformerez-vous la nature de cet idéal, puisque vous ne pouvez rien ajouter à ce que la notion a contenu tout d'abord? Nous le répétons, si la notion de l'infini, de l'être suprême, de l'être des êtres, de l'être parfait a été un instant un idéal, elle le demeurera à jamais; aucune démonstration n'en changera la nature.

Kant ramène les preuves ordinaires de l'existence de Dieu à trois preuves :

i" Si quelque chose existe, un être absolument néces- JBire doit exister ; or, le monde existe, donc, etc... Kant appelle cette preuve , l'argument cosmologique , parce qu'elle part de l'existence du mondée

2" Il Y a de l'ordre et de l'harmonie dans ce monde : il faut donc une cause de cet ordre. Comme on s'élève ici de l'ordre physique du monde à Dieu, Kant nomme cette preuve l'argument phymo-théologique^.

?/> Faisant abstraction de toute expérience, on conclut a -[iriori de la conception pure de l'être infini à l'existence de cet être. Comme cette preuve veut établir Dieu directement a priori, sans s'appuyer sur aucune donnée de l'expérience, Kant l'appelle la preuve (mtologique*.

Il commence par l'examen de cette derriière preuve, à laquelle il prétend que retournent les deux autres *. Il répète d'abord l'argument de Gassendi, que la concep-

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