Ibid., p
comme existante, comme possible, ou comme purement idéale. En disant que nous la percevons, nous exprimons le véritable état de notre esprit relativement à ce principe actif éternel ; car nous nous affirmons à nous-mêmes, de science certaine, sans aucune hésitation et d'un accord unanime, que ce qui est n'est point sorti seul du néant et n'y peut retourner seul; qu'il y a toujours eu et qu'il y aura toujours un principe actif, cause et soutien de tous les phénomènes qui forment le spectacle de cet univers.
La preuve ontologique ou la preuve a priori de l'existence de Dieu est donc mal présentée. A vrai dire, ni l'existence d'un principe éternel, ni l'existence des corps, ni l'existence de nous-mêmes, n'ont besoin d'être prouvées , elles sont évidentes d'elles-mêmes, elles se perçoivent; elles ne se démontrent pas.
La preuve cosmologique n'est pas non plus une preuve : « Si quelque chose existe, dit-on, un être absolument nécessaire doit exister; or, le monde existe, donc, etc. » Dans la marche naturelle de l'esprit, nous ne commençons pas par poser le principe : Tout ce qui existe suppose que quelque chose a toujours existé, déduisant de là que, puisque le monde existe, il suppose, etc.... Nous commençons par connaître l'existence du monde, et c'est parce que l'existence du monde nous conduit à penser que quelque chose a toujours existé que nous établissons ce principe : tout ce qui existe suppose que quelque chose a toujours existé. Ce n'est donc pas la proposition générale qui engendre ici la proposition particulière, c'est celle-ci qui conduit à celle-là. Il en est de ce syllogisme comme de l'enthymème de Descartes, que nous avons tant de fois cité. Quand on dit : je pense, donc je suis, on sous-entend la majeure : tout ce qui pense existe. Or, ce n'est pas cette majeure qui nous fait poser notre existence, c'est la proposition : je suis, qui nous fait poser la majeure : tout ce qui pense existe. Dans l'argu-
ment cosmologique, la majeure : ce qui eodste, suppose que quelque chose a toujours existé, ne dit rien de plus que la conclusion : Vexistence du monde suppose que quelque chose a toujoiirs existé. Ajoutons que celte prétendue conclusion s'est présentée à notre esprit avant la prétendue majeure. Or, si nous examinons comment nous avons formé cette proposition : Vexistence du monde suppose que quelque chose a toujours existé, nous verrons que nous l'avons formée intuitivement, immédiatement, sans rai ' sonnement; qu'elle est un principe et non une conclusion, une vérité évidente d'elle-même, ce qui est plus qu'une preuve ou une démonstration. En effet, cette proposition n'est autre que la suivante : ce qui existe n'a pas commencé d'exister par soi-même et ne peut cesser d'exister par soi-même; or, nous ne pouvons trouver de proposition plus immédiate et plus évidente que celle-là. D'une autre part, elle est l'objet d'une perception et non d'une simple conception. Kant a le tort de lui donner ce dernier nom; il fait de l'argument cosmologique la même critique que de l'argument ontologique. « De la conception de l'être nécessaire, on ne peut, dit-il, conclure l'existence de l'être nécessaire *. » Cela est vrai; mais l'être nécessaire n'est pas pour nous l'objet d'une pure conception; nous l'affirmons au même titre, aussi directement et aussi certainement que l'existence des corps et que l'existence de nous-mêmes; il est donc l'objet d'ur.c perception, et le philosophe allemand se trompe quand il ne le présente que comme un pur idéal 2.
L'argument' physico-ihéologique, qui conclut de l'ordre du monde à une cause de cet ordre, ne suffit pas pour nous conduire à l'idée d'un Dieu parfait, cpmme nous l'avons fait voir ^. Trouvant dans l'esprit humain la ferme