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pure dans son développement pratique a l'honneur de lier à notre intérêt suprême une notion que la simple spéculation peut rêver, mais non rendre légitime, et de rélever si ce n'est au niveau d'un dogme démontré, du moins au rang d'une supposition absolument nécessaire pour les fins les plus essentielles.... Ce n'est pas de l'idée de Dieu que nous dérivons celle de la loi morale, c'est de l'idée de la loi morale que nous dérivons l'idée de Dieu. Les lois morales ne nous obligent pas, parce qu'elles viennent de Dieu; elles viennent de Dieu, parce qu'elles nous obligent ^ »
Nous ne pouvons refuser notre admiration à ces belles paroles; elles sont dignes d'être mises à côté des pages où Fénelon démontre l'existence de Dieu par les merveilles du monde sensible. Mais qu'il nous soit permis de dire que, si la démonstration de Kant et celle de Fénelon sont également touchantes et propres à tourner notre cœur vers Dieu, elles restent à une égale distance du but qu'elles se sont proposé. L'intervalle immense que le philosophe de l'Allemagne signalait entre la grandeur du monde physique et la toute-puissance de Dieu, entre l'ordre de l'univers et la toute-sagesse du créateur, existe encore entre l'ordre moral tel que notre raison le connaît et la toute-bonté qu'elle croit en Dieu. Est-il bien vrai que le combat des passions et de la loi morale dénote mieux l'unité de Dieu que le combat du jour et de la nuit, du froid et du chaud, de l'abondance et de la disette? Est-il bien vrai que pour connaître l'intérieur des cœurSj il faille une sagesse infinie? que pour maintenir l'accord du bonheur et de la vertu, il soit besoin de la puissance sans limite? Le monde moral est borné comme le monde, matériel. Le nombre des hommes dont îl faut connaître les coeurs et punir ou récompenser les