‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 246 sur 261 · Critique de la raison pure, édit. citée, p. 627 et · texte numérisé non relu

Critique de la raison pure, édit. citée, p. 627 et

un objet hors de la pensée, que le cercle et la justice aient une réalité extérieure, lui qui refuse un objet externe à la perception de la substance active, sans commencement et sans fln, et qui ne voit dans cette perception qu'un pur idéal inséparable de la pensée? Savoir qu'un objet est hors de notre esprit est le propre de la perception; savoir qu'il est uniquement dans notre intelligence est le propre de la conception. Après la perception et la conception vient la croyance, qui affirme non pas que l'objet soit hors de notre esprit, ni qu'il soit uniquement renfermé dans notre intelligence, mais qu'il peut être dans l'un ou dans l'autre état. L'opinion est un degré inférieur de la croyance; elle se fonde sur des analogies ou des inductions peu nombreuses; elle est voisine du doute, qui est le combat de deux croyances contraires. Lorsqu'il n'y a qu'une croyance, comme nous l'avons déjà dit plus d'une fois \ il n'y a pas de doute, quoiqu'il n'y ait pas de perception.

Nous n'admettons donc pas qu'on puisse définir la connaissance : un jugement objectivement suffisant, puisque dans la langue commune, le mot de savoir s'étend également aux perceptions et aux conceptions pures. Mais quoique le philosophe allemand nous paraisse s'être mépris sur le fond de ce problème, il a dans les détails présenté quelques remarques fines et judicieuses que nous devons lui emprunter.

« La pierre de touche ordinaire pour mesurer, dit-il, le degré de la croyance, c'est le pari. Souvent quelqu'un exprime son jugement d'un ton si assuré et si imperturbable, qu'il semble avoir déposé toute crainte d'erreur. Cependant un pari le rend irrésolu ; il s'aperçoit alors que sa conviction équivaut à un ducat et non à dix ; car il tiendra bien le pari d'un ducat, mais le pari Ce dix lui

1. Voy. plus haut, t. II, 1. VIII, cli. i, § 3 et ch. m, § 3.

fera reconnaître ce qu'il n'avait pas encore remarqué ; qu'il est bien possible qu'il se trompe. Si nous venons à considérer que dans une question nous hasardons le bonheur de toute notre vie, notre ton d'assurance disparait, nous devenons craintifs, et nous découvrons que notre croyance ne s'étend pas si loin que nous l'avions d'abord pensé 1. »

Cette ingénieuse critique montre le combat del'amourpropre, qui nous fait quelquefois soutenir une opinion contestable, et de l'amour du gain, qui nous fait reculer dans notre expression et quelquefois dans notre conviction elle-même. Elle découvre ainsi l'influence de la passion sur la croyance. Nous terminerons en citant une autre page où Kant emploie heureusement les mots de croire et de savoir et fait compi'endre que la croyance en Dieu n'est pas une science, quoiqu'elle soit si profondédément implantée dans nos cœurs, que nous ne courions pas le risque de l'en voir jamais déracinée.

« Le but de la loi morale est invariablement fixé : il n'y a qu'une condition à mes yeux pour que ce but s'accorde avec tous les autres, c'est qu'il y ait un Dieu et une vie future.... Je crois donc inévitablement à l'existence d'un Dieu et à une vie future, et je suis certain que rien ne peut faire chanceler cette croyance , puisque sa chute entraînerait celle de mes principes moraux, auxquels je ne puis renoncer sans me rendre abominable à mes propres yeux.... Personne à la vérité, ne peut avoir le droit de dire qu'il sait qu'il y a un Dieu et une vie future.... Mais la croyance à un Dieu et à un autre monde est si fortement hée à mon sens moral, que je suis aussi peu en danger de perdre ma foi que de voir s'éteindre ma conscience -. ï

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