‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 252 sur 261 · No · texte numérisé non relu

No

dont les autres ne sont rien en dehors de l'esprit, telles que l'idée de l'ordre, du nombre, des genres, du temps et de l'espace envisagé corume distinct du corps. Arnauld et Nicole, auteurs de la logique de Port-Royal, adoptent la philosophie générale de Descartes; mais ils regardent comme des connaissances dont l'objet est nécessaire beaucoup de propositions identiques ou de connaissances expérimentales. Malebranche,Bossuet,Fénelon cherchent à toutes les notions nécessaires, et môme à quelques propositions tautologiques, un fondeman t dans l'intelligence divine, et supposent, non pas que nous les pensons à l'exemple de Dieu, mais qu'en les pensant, nous pensons Dieu lui-même ou les acles de sa pensée.

Locke essaye de restaurer le système d'Arislote. Leibniz le combat, et fait voir que plusieurs de nos connaissances ne peuventvonirdessensextérieurs. Mais, donnant dans l'excès contraire à celui de Malebranche, de Bossuet et de Fénelon, il regarde ces connaissances, à l'exception de celle de Dieu, comme les veines intérieures de la pensée; il les dépouille de tout objet extérieur. Cette dernière partie de la doctrine de Leibniz et quelques passages de celle de Descartes semblent préparer la voie à Vidéalisme ou conceptuaHs me de Kant. Celui-ci considère en effet toutes les notions de la raison comme de pures conceptions idéales, qui n'auraient aucune valeur objective, si la sensation ne leur fournissait un objet d'application et si la connaissance de la loi morale ne nous donnait la croyance d'un Dieu rémunérateur.

Thomas Reid professe comme Aristote que les sens extérieurs sont des sources de connaissance. Il établit une distinction plus profonde et plus juste que Platon et qu' Aristote entre la connaissance et la croyance; il leur assigne leur véritable objet et il entrevoit qu'il faut les rapporter à des facultés différentes.

Les sens étant acceptés comme des facultés directes de connaissance , il en résulte un embarras pour la langue philosophique. On est accoutumé à opposer les sens et Tintelligence; on regarde les premiers comme aveugles et comme le théâtre de certains mouvements à propos desquels l'intelligence conçoit des idées, qui peuvent n'avoir aucun rapport avec les objets extérieurs. Quand on admet que le toucher fait connaître une étendue tangible, la vue une étendue de couleur, etc., bien que l'on tienne compte de la modification que nos organes peuvent apporter aux objets externes, on admet que les sens nous font percevoir l'objet extérieur luimême, et qu'en conséquence ils connaissent sans avoir besoin du secours d'aucune autre faculté. Si les sens sont des facultés de connaissance, il est difficile de les opposer à l'intelligence ou à la raison. Les sens devront faire partie aussi de l'entendement; mais on se tirera cependant de celte difficulté, en réservant le nom d'e«tendemeiU pur ou raison pure à l'intelligence qui agit sans l'intermédiaire du corps.

Le mot de raison a reçu plusieurs acceptions différentes qui demandent aussi une explication. Pour la plupart des philosophes, ce terme est synonyme d'entendement et d'intelligence et embrasse tous les actes que nous rapportons à la conscience, à la mémoire, à la connaissance des objets nécessaires, à la conception idéale et à la croyance. Port-Royal fait une distinction entre l'intelligence et la raison : par la première, il entend la faculté de concevoir les vérités évidentes d'ellesmêmes, et par la seconde le raisonnement qui fait admettre les vérités non immédiates. Kant a pris la raison* dans cette dernière acception. Quelques-uns inclinent à donner le nom de raison pure ou de raison intuitive à la

Page 1