‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 253 sur 261 · Vemunft · texte numérisé non relu

Vemunft

perception de l'absolu seulement, et l'opposent ainsi à la conscience, à la mémoire et à la croyance, mais cette acception est la moins autorisée. Indépendamment de ces différents sens que le mot de raison reçoit en philosophie, il en trouve d'autres encore dans la langue ordinaire. On l'emploie le plus souvent pour signifier le bon usage des facultés intellectuelles, même des sens extérieurs. De deux personnes, dont l'une a bien jugé et l'autre mal jugé d'un objet imperceptible aux sens, on dit que la première a raison. On dit encore, pour exprimer le bon emploi des facultés intellectuelles : l'âge de raison, la raison et la folie, et Molière a opposé le bon et le mauvais usage des facultés de l'intelligence lorsqu'il a dit :

Raisonner est l'emploi de toute ma maison . Et le raisonnement en bannit la raison.

Un emploi plus singulier du même terme, qui prouve que les mots reçoivent toujours leur sens des mots qui les entourent, et auxquels on les oppose, c'est que tantôt il signifie l'imagination et tantôt son contraire. On appelle, d'une part, un être de raison quelque chose qui n'existe que dans l'imagination humaine, comme une montagne d'or *; d'une autre part, on oppose la raison à l'imagination, quand on dit d'un poëte, d'un orateur, même d'un philosophe, qu'il a plus d'imagination que de raison. On aperçoit dans tous ces usages divers du même terme l'intention d'exprimer soit une action de l'esprit indépendante des sens extérieurs, soit une bonne direction des facultés de l'intelligence. Nous pensons que pour rester Adèle à la langue de Descartes, qui est le restaurateur de la philosophie dans les temps modernes, il faut employer le mot de raison comme syno-

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