Pensées, édit. Faug., t. II, p lG
dit-il, ont mépris pour la religion; ils en ont haine et peur qu'elle soit vraie. Pour guérir cela, il faut commencer par montrer que la religion n'est point contraire à la raison ; ensuite qu'elle est vénérable, en donner respect , la rendre ensuite aimable ; faire souhaiter aux bons qu'elle fût vraie ; et puis montrer qu'elle est vraie, vénérable, parce qu'elle a bien connu l'homme ; aimable, parce qu'elle promet le vrai bien^ » Voilà donc des preuves delà religion chrétienne, Pascal, qui ne voulait pas d'abord en fournir, les laisse échapper à la fm, et du même coup il détruit son pyrrhonisme sur les lumières naturelles.
Il est vrai que Pascal n'est pas toujours heureux dans les démonstrations qu'il donne de la vérité de la religion chrétienne ; il en est une connue sous le nom du Pari, qui est trop célèbre pour que nous n'en disions pas ici quelques mots. Voici une religion qui vous promet des récompenses éternelles ; que risquez-vous à la suivre ? Rien, que d'engager votre raison et votre liberté. Mais si vous ne la suivez pas, vous risquez votre salut. Votre enjeu est une chose finie, c'est votre raison et votre liberté, mais le gain est une chose infinie, ce sont les récompenses éternelles. Pariez donc puisque vous jouez le fini contre l'infini 2. Qui ne voit que Mahomet pouvait adresser le même raisonnement à ceux qu'il voulait convertir : Croyez à la mission que j'ai reçue de Dieu, ou vous serez condamné aux peines éternelles ; si vous vous trompez en suivant ma religion, vous n'avez que peu à perdre ; mais si vous vous trompez en la rejetant, vous perdez l'infini ? Le premier imposteur qui voudra mettre sa doctrine sous la protection d'un dieu rémunérateur et vengeur pourra proposer le même pari. Pour faire