Pensées, édit. Faug., t. I", p
qu'il exagérait d'ailleurs pouvait-il exciter sa joie! Pensait-il qu'en abaissant la créature il élevât le Créateur? Dieu est-il plus grand quand il éclaire par une lumière surnaturelle que quand il instruit par les inspirations de la nature. « J'aurais ainaé, disait il, le ministre d'une aussi grande vengeance? » Et de qui se venger? De Socrate qui enseignait la Providence et l'immortalité de l'âme? d'Épictète qui, selon Pascal lui-même, ne se lasse point de répéter que toute l'étude et tout le désir de l'homme doivent être de reconnaître la volonté de Dieu et de la suivre i? Pascal dit que Montaigne est incomparable pour convaincre si bien la raison de son peu de lumière, qu'il serait difficile après cela de rejeter les mystères sous le prétexte des répugnances qu'on y trouve ^ Mais comment ne voit-il pas que cet argument peut être aussi employé en faveur des dogmes du paganisme et que pour faire accepter des mystères, il ne s'agit pas de montrer la faiblesse de la raison, mais au contraire de prouver à cette raison la divinité de celui qui les propose?
En résumé, nous voyons que Pascal a détruit luimême son pyrrhonisme. On s'étonnera qu'un si grand esprit soit tombé dans de pareilles contradictions; mais les passages pyrrhoniens et lespassages dogmatiques que nous avons cités n'étaient pas destinés au même ouvrage et n'ont pas été écrits par l'auteur dans le même temps, ni dans la même disposition d'esprit. Les fragments les plus nombreux du recueil de ses Pensées devaient faire partie du livre où il se proposait d'humilier la raison devant la foi, oubliant que l'ordre surnaturel a besoin de s'appuyer sur l'ordre naturel. Il écrivait ces lignes dans les deux dernières années de sa vie. Accablé sous les