Voijarjcs de Woodes Rogero
la chose elle souvenir du terme qui l'exprime ; l'un peut être sans l'autre : c'est ce qui arrive, lorsque pensant à la chose, nous n'en trouvons pas le nom, où que pensant au nom nous en laissons échapper le sens. Quant à la conception idéale et notamment à la conception du bien et du mal moral, nous avons fait voir que pour y attacher un terme, ou comprendre les mots que les autres y attachent, il faut commencer par en avoir l'idée. Les croyances ne peuvent pas non plus naître du langage. L'enfant qui ne parle pas s'attend à retrouver le lendemain les mêmes choses que la veille. Il n'y a que la faculté d interprétation qui du signe nous fasse passer à Tidée, mais à la condition, comme nous l'avons dit, que la conscience nous ait déjà fait connaître l'idée que nous retrouvons sous le signe.
Le poëte et l'orateur connaissent bien la différence de l'idée et du langage. Le moment de la conception est plein de feu et de délices ; leur esprit est rempli d'images, leur coeur abonde de sentiments. Bientôt ils se mettent à la recherche de l'expression : c'est le moment de l'enfantement ; il est long et pénible. Lorsque ce travail est achevé et qu'ils comparent le langage et la pensée qu'ils avaient dans l'esprit, ils trouvent la copie pâle et froide, et ils s'aperçoivent que bien loin d'avoir pensé avec la parole, celle-ci ne s'est mêlée à leur pensée que pour la diminuer et l'éteindre.
Un élégant et ingénieux écrivain ^ a dit que l'animal ne distingue pas parce qu'il ne parle pas. Mais l'animal qui cherche son maître a de ce maître une idée qu'il distingue de toutes les autres; le chien d'arrêt qui, au lieu de fondre sur laproie, la tient fixée sous son regard, distingue dans sa pensée entre l'idée du plaisir qu'il goûterait en obéissant à son instinct et l'idée de la punition